Le PS vient de réussir à se doter de règles pour les débats des candidats. Six débats au total. Pour autant Ségolène vient d'évoquer l'idée d'une machine à perdre qui se serait mise en route. Je trouve cette idée stupide. Réellement. A l'appui de sa thèse, Madame Royal pense que le vote des militants est une épreuve en soi, à quoi bon discourir sur des différences qui n'en sont pas. Nous avons tous le même projet, nous sommes tous socialistes, désignons simplement le meilleur ... en l'occurrence elle au vu des sondages. Toujours le même matraquage. L'essence même du parti s'en trouverait bouleversée. Ce serait partir dans le mauvais sens de mon point de vue, d'où le titre de mon billet.
On a le même projet certes mais tout le monde considère qu'il s'agit d'un socle qui représente plus un programme pour les législatives que la trame de fond du discours présidentiel. Et dont personne n'appliquera l'intégralité en fonction de l'environnement réel.
Ce socle va ensuite se différencier selon les candidats selon le sens donné à l'action :
- les améliorations à apporter :
des mesures additionnelles qui respectent l'esprit du projet sans reniement et sans surenchère. Par exemple personne ne va dire "pas d'augmentation du SMIC" et personne ne va dire "encore plus d'augmentation du SMIC". Mais un candidat pourrait par exemple prôner une refonte en profondeur du traitement de l’exclusion en France, en faisant une place plus grande au monde associatif (je pense par exemple à ATD Quart-Monde). Ceci traiterait non seulement le pouvoir d'achat des travailleurs pauvres mais aussi des exclus. Il existe des smicards SDF (Cette refonte est une proposition de DSK).
- les priorités - la hiérarchie dans le temps :
Chaque candidat peut considérer que les engagements du projet sont étalés sur la législature et soumis à conditions et calendrier : par exemple la renationalisation de EDF n'est pas une priorité de DSK dans l'état actuel des finances publiques, alors que la mise en place d'un service d'aide à la petite enfance coûteux lui parait plus urgent. Il y a donc des arbitrages à rendre.
- les innovations qui sont la valeur ajoutée de chaque candidat :
Chacun peut proposer de nouvelles mesures qui ne sont pas dans le projet mais qui respecte son esprit et nos valeurs.
Par exemple, dans le souci de protéger certaines entreprises stratégiques en difficulté, DSK propose des nationalisations temporaires, de revoir la fiscalité locale des entreprises qui délocalisent, etc ...
Avec cette approche, chaque candidat peut expliquer concrètement comment il tient compte des attentes des français.
Enfin et peut-être au delà des mesures techniques de nature gouvernementale, chaque candidat doit exposer sa vision du monde, des enjeux majeurs, des transformations à accomplir. Une vision présidentielle qui dépeint le monde vers lequel on va à défaut d'expliquer en détail comment on ira. La carte routière, la feuille de route qui servira de principes d'actions et les lignes directrices au gouvernement.
Sur ce point DSK souhaite un président qui agisse, activement au quotidien, ce qui en soi correspond à un changement des institutions par une nouvelle répartition des rôles. D'autres candidats ne sauraient pas endosser le rôle de président maitre d'oeuvre engagé dans l'action. Ils endosseraient plus aisément un rôle à la Chirac concentré sur un ou deux domaines réservés.
Donc voilà ce que doivent éclairer les débats. C'est bien plus important que de savoir qui a le meilleur talent d'orateur ou le plus beau look ou la capacité "d'incarnation". Juger notre président sur ses capacités d'initiative et d'éxécution, c'est essentiel. Sinon on va finir comme aux Etats Unis par désigner d'anciens acteurs de cinéma ou des alcooliques repentis comme président de la République. Comment disait Rocard déjà ? On ne doit pas confier la conduite d'un camion de 30 tonnes bourrés d'explosifs à un apprenti chauffeur.
Fondamentalement, il faut choisir un candidat, un leader pour son intelligence politique et ses idées avant tout et ensuite pour sa personnalité qui doit être un mélange d'autorité et de charisme. Sinon c'est Rocard et non Mitterrand qu'on aurait désigné en 1981.
Tous ceux qui ont gagné les présidentielles l'ont fait sur une idée force qui a cristallisé l'intérêt de l'opinion sur leur personnalité, pas l'inverse.
