L'armée israëlienne a commis hier un massacre complètement ignoble et inexcusable en tuant plus de 50 civils et 30 enfants à Cana.
Riposter à l'agression du Hezbollah est une chose, frapper des innocents en prétextant qu'au milieu d'eux se cachent des terroristes en est une autre. Dire comme les Israëliens que les civils avaient été prévenus n'excuse pas grand chose, quand on sait que ce sont les plus faibles et les plus démunis des libanais qui sont restés sur place. La plupart n'ont ni les moyens de partir, ni d'endroit ou aller. En outre les voies de communication du Sud Liban sont régulièrement pilonnées par l'armée. Le gouvernement israëlien semble complètement désemparé face à une stratégie de "coup de poing" qui n'atteint ni ses objectifs politiques (désolidariser le peuple libanais du Hezbollah, liguer l'Occident dans une croisade anti-islamiste) ni ses objectifs militaires (démanteler la force de frappe et de nuisance du "Parti de Dieu").
A un moment donné, trop c'est trop. Cette horreur soulève l'indignation du monde entier. La trêve de 48 heures extorquée par une administration américaine aux généraux israëliens n'enlève pas de la bouche le sentiment de dégoût qu'on ressent en face d'une sale guerre de trop. Les Etats-Unis déjà empêtrés dans la guerre en Irak donnent l’impression de chercher à gagner du temps, espérant sans doute que le brasier s’éteigne de lui même "faute de combattants".
Une fois de plus, ce sont les terroristes de tout bord qui vont prospérer sur ce monceau de ruines et de cadavres. Au jeu du "qui perd gagne", les islamistes du Hezbollah sont en passe de l'emporter face à l'inexpérience du gouvernement Olmert.
Il est une autre observation à formuler sur cette guerre : elle n'a pas réveillé à ce jour de manifestations anti-sémites d'envergure dans notre pays. Torpeur estivale ou réel sentiment d'incertitude sur les responsabilités des uns et des autres : le fait est que l'opinion garde une certaine distance en face de ces évènements tragiques
L'Europe politique et militaire qui pourrait et devrait faire contrepoids dans cette tragédie n'existe pas. Ce ne sont pas les contorsions des diplomates européens en rang dispersés qui font illusion. Il faut avoir un esprit cocardier mal placé pour dire comme certains que la France "tire son épingle du jeu" dans cette affaire. Est ce bien la question et l'enjeu ? Face aux déclarations sans éclat et à l'indignation purement verbale qui semble animer la classe politique, y aurait-il une volonté de Jacques Chirac de nous refaire le coup de la guerre en Irak en s'opposant aux Etats-Unis ? Sur le plan intérieur, on verra peut-être la côte du chef de l'Etat remonter de ce fait.
Dernier angle de vue : avec le recul on peut être sûr qu'un Oui à la Constitution n'aurait pas permis à court terme d'aller bien au delà de ce qui se passe aujourd'hui, mais il est clair qu'une Europe en panne n'amène pas plus de solutions.
En attendant, le Liban brûle sous la canicule des passions déchaînées, déversant une pluie de bombes et de sang humain.
PS : sur ce sujet lire l'interview de DSK ce jour sur RTL.
