La fin de règne de Jacques Chirac est pénible à tous égards y compris on l'imagine pour l'intéressé.
Les interventions du chef de l'Etat sont de plus en plus rares et ont lieu le plus souvent à contretemps. Comme la semaine dernière où tel un maître d'école, il a sommé ses ministres de se mettre au travail et de promouvoir davantage le bilan de l'exécutif. Car c'est bien le drame aux yeux du Président : la séquence politique des six derniers mois (crise des banlieues, CPE, affaire Clearstream) a complètement occulté selon lui les bons chiffres en matière d'emploi et de croissance. Au delà Chirac peine à mettre en évidence que - toujours selon lui - les promesses du quinquennat auront été tenues : baisse des impôts, réforme des retraites, lutte contre l'insécurité, ... Inaudible. Et d'ailleurs fort logiquement. Ce n'est que justice dans la mesure où ce bilan peut être celui d'un gouvernement, ce ne saurait être celui du chef de l'Etat. Le vrai bilan du Président comprend il faut le rappeler : le référendum perdu sur l'Europe, la crise de légitimité des institutions, la crise morale à la tête de l'Etat, la perte d'influence de la France dans le monde. Voilà les vrais résultats de l'action directement imputable à Jacques Chirac.
Une présidence émolliente voilà ce qu'on retiendra : le Président n'aura jamais fait que surfer sur les thèmes à la mode. Il fait aujourd'hui l'objet d'une comédie satirique par Karl Zéro. Outre les postures et les impostures, la perte d'autorité est flagrante. On se prépare à un sévère examen des années Chirac. Il est clair que les français ne veulent plus d'un style ampoulé et grandiloquent, et des grandes phrases creuses prononcées d'un ton convaincu.
La sympathique marionnette des Guignols fera bientôt partie des accessoires usagés.
Tirons la leçon pour les prochaines échéances présidentielles : les français préféreront une personnalité capable non seulement de les représenter mais surtout de leur inspirer confiance pour réellement prendre en charge les problèmes du pays. Un président est là pour indiquer le chemin à suivre. Ce changement nécessaire de pratique du pouvoir explique la stratégie de rupture adoptée par Nicolas Sarkozy. La gauche ferait bien de ne pas se laisser souffler le rôle de l'opposant au chiraquisme. Pour celà il faudra de la force morale, de l'autorité et de la compétence. Et pour l'emporter contre Sarkozy c'est aussi de la force - j'oserais presque parler de la dureté - qu'il faudra opposer. Ne jamais oublier de rappeler l'association de bienfaiteurs pour leur propre camp que constitue le trio actuellement à la tête de l'Etat. Ceux là n'ont jamais hésité à se servir des moyens de l'Etat pour leurs intérêts.
Sur le plan des idées, le positionnement politique sera clairement à gauche, avec un programme qui ne soit ni un balancement mou au gré des modes et de l'air du temps, ni un repoussoir pour les forces progressistes qui forment l'électorat modéré. Le pays a besoin d'être gouverné par un exécutif ayant des convictions, avec une colonne vertébrale, possédant une tête bien faite et des nerfs d'acier. Dans notre monde empli de dangers et d'incertitudes, les français ont moins besoin de désirs que de solutions. C'est urgent.
