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mai 2006

Pour un débat d'idées

Le vote des militants PS pour désigner le(la) candidat(e) à la présidentielle est prévu vers la mi-novembre. D'ores et déjà la tentation est grande chez certains de nos dirigeants de préempter le débat sans tenir compte de la tradition du PS.   

La position actuelle de la Direction de n'organiser qu'un ersatz de débat contradictoire dans un calendrier hyper-serré nous mène droit dans l'impasse.

On entend bien (trop bien même) François Rebsamen nous expliquer qui sont les candidats "légitimes" et les "autres".

Au moment où les militants sont appelés à désigner leurs candidats aux législatives, à amender et voter le projet socialiste, il y aurait donc une sélection naturelle qui se serait produite par on ne sait quelle alchimie (François Hollande parle de "décantation"). Eh bien non, ce n'est pas la culture du PS que de désigner par acclamations ses leaders et ses porte-paroles. L'une des forces du PS est justement la grande implication politique des militants, la qualité collective de leur réflexion et leur engagement pour les valeurs démocratiques. Il faudra tenir compte de leur goût - parfois poussé à l'extrême - pour le débat d'idées, car ce sont avant tout des hommes et des femmes libres.

Toute tentative à caractère monarchique pour escamoter ou priver les militants d'un vrai débat serait sévèrement jugé par eux et au delà par tous les français.

Sur le même sujet, je vous suggère de lire les intéressantes contributions de Fred et d'Alice.


Accélération de la campagne de DSK

Coup sur coup DSK est intervenu ce soir sur Europe 1 TV5 Monde, puis sur TF1 dans Sept à Huit.

Il a été extrêmement convaincant face aux questions sans concessions de JP Elkabbach. Du lourd.

Demain il passera sur RMC à 8h20 chez l'excellent Jean Jacques Bourdin puis un peu de "people" chez Ruquier le soir à 19 h sur France 2.

Je ne sais qui lui a concocté ce plan communication d'enfer mais c'est un vrai coup d'accélérateur dans sa campagne.

Je comprends mieux qu'il n'ait pas pu répondre favorablement à la demande de réunion publique que notre section voulait lui proposer. La présence radio et télé est hyper efficace et nécessaire. Je ne désespère pas qu'un peu plus tard, il nous fasse l'amitié d'une visite. En attendant AG2E va solliciter Pierre Moscovici.

NB : Akli donne encore plus d'infos sur le programme média de DSK.


Lettre ouverte à mon député

Monsieur le Député-Maire,

Vous avez voté la loi d’amnistie d’août 2002 qui ne devait en aucun cas permettre d'amnistie liée à des affaires politico-financières.

Par ailleurs vous vous êtes engagés en 2002 ainsi que toute l’UMP derrière le Président de la République élu à 82% sur la base du slogan « impunité zéro ».

Certainement vous souvenez vous de l'intervention outrancière de l'actuel Ministre de la Justice, Monsieur Pascal Clément, alors président de la commission des lois lors du débat à l'Assemblée qui a choqué plus d'un parlementaire :

"Rappelons au peuple français que nous n'avons jamais voulu, en ce qui nous concerne, faire oublier les turpitudes de nos amis, contrairement aux socialistes. Voilà la vérité ! Nous en avons assez de recevoir des leçons de morale, des leçons de vertu.(...) Mes chers collègues, il s'agit là d'une affaire politicienne lancée par les socialistes, qui ne se remettent pas de la raclée électorale qu'ils viennent de prendre." Qu'en termes élégants, c'était se moquer des citoyens qui avait permis l'élection de Jacques Chirac.

Permettez moi de vous dire monsieur le député qu’avec le recul et au vu de la décision prise par Jacques Chirac en faveur d’un ses amis, vous auriez mieux fait d’être plus prudent dans votre soutien et c’est un euphémisme. Votre groupe n’avait vraiment aucune leçon de morale à donner à qui que ce soit.

Vous terminez votre mandat l’an prochain. J'estime que vous avez commis une faute grave en votant cette amnistie en sacrifiant votre liberté de représentant du peuple au profit de l'arbitraire présidentiel. J’ai donc le regret de vous informer que vous ne bénéficierez d’aucune amnistie électorale de la part du peuple qui vous a élu.

Veuillez agréer, Monsieur le Député-Maire, mes sincères salutations.

Lettre à l'intention de Monsieur Pierre MORANGE député de la 6ème circonscription des Yvelines :
Achères, Saint-Germain-en-Laye, Le Pecq, Chambourcy, Fourqueux, Mareil-Marly, Aigremont.


Une marionnette nommée Chirac

La fin de règne de Jacques Chirac est pénible à tous égards y compris on l'imagine pour l'intéressé.

Les interventions du chef de l'Etat sont de plus en plus rares et ont lieu le plus souvent à contretemps. Comme la semaine dernière où tel un maître d'école, il a sommé ses ministres de se mettre au travail et de promouvoir davantage le bilan de l'exécutif. Car c'est bien le drame aux yeux du Président : la séquence politique des six derniers mois (crise des banlieues, CPE, affaire Clearstream) a complètement occulté selon lui les bons chiffres en matière d'emploi et de croissance. Au delà Chirac peine à mettre en évidence que - toujours selon lui - les promesses du quinquennat auront été tenues : baisse des impôts, réforme des retraites, lutte contre l'insécurité, ... Inaudible. Et d'ailleurs fort logiquement. Ce n'est que justice dans la mesure où ce bilan peut être celui d'un gouvernement, ce ne saurait être celui du chef de l'Etat. Le vrai bilan du Président comprend il faut le rappeler : le référendum perdu sur l'Europe, la crise de légitimité des institutions, la crise morale à la tête de l'Etat, la perte d'influence de la France dans le monde. Voilà les vrais résultats de l'action directement imputable à Jacques Chirac.

Une présidence émolliente voilà ce qu'on retiendra : le Président n'aura jamais fait que surfer sur les thèmes à la mode. Il fait aujourd'hui l'objet d'une comédie satirique par Karl Zéro. Outre les postures et les impostures, la perte d'autorité est flagrante. On se prépare à un sévère examen des années Chirac. Il est clair que les français ne veulent plus d'un style ampoulé et grandiloquent, et des grandes phrases creuses prononcées d'un ton convaincu.Chiracunenouvellerepublique_1

La sympathique marionnette des Guignols fera bientôt partie des accessoires usagés.

Tirons la leçon pour les prochaines échéances présidentielles : les français préféreront une personnalité capable non seulement de les représenter mais surtout de leur inspirer confiance pour réellement prendre en charge les problèmes du pays. Un président est là pour indiquer le chemin à suivre. Ce changement nécessaire de pratique du pouvoir explique la stratégie de rupture adoptée par Nicolas Sarkozy. La gauche ferait bien de ne pas se laisser souffler le rôle de l'opposant au chiraquisme. Pour celà il faudra de la force morale, de l'autorité et de la compétence. Et pour l'emporter contre Sarkozy c'est aussi de la force - j'oserais presque parler de la dureté - qu'il faudra opposer. Ne jamais oublier de rappeler l'association de bienfaiteurs pour leur propre camp que constitue le trio actuellement à la tête de l'Etat. Ceux là n'ont jamais hésité à se servir des moyens de l'Etat pour leurs intérêts.

Sur le plan des idées, le positionnement politique sera clairement à gauche, avec un programme qui ne soit ni un balancement mou au gré des modes et de l'air du temps, ni un repoussoir pour les forces progressistes qui forment l'électorat modéré. Le pays a besoin d'être gouverné par un exécutif ayant des convictions, avec une colonne vertébrale, possédant une tête bien faite et des nerfs d'acier. Dans notre monde empli de dangers et d'incertitudes, les français ont moins besoin de désirs que de solutions. C'est urgent.


Collectif national Socialisme et Démocratie (2)

Quand DSK s'exprime, on entend voler une mouche. Après les excellentes interventions que j'ai relatées ici, on est monté encore d'un cran, et quel cran !

Comme l'a souligné la charmante première fédérale du Loir et Cher qui en perdait quelque peu ses moyens, DSK a beaucoup de qualités intellectuelles mais aussi "le charme et l'allure d'un Président". Notre camarade a pris la précaution de préciser qu'il ne s'agissait en rien d'une pipolisation de la politique qu'on reproche à d'autres par ailleurs, mais il est vrai que Dominique bénéficie d'un charisme personnel incontestable.

Les médias ont relaté de façon très parcellaire l'intervention de DSK. La télévision a plus insisté sur la forte opposition représentée par Nicolas Sarkozy. La presse a fait de même mais en se focalisant sur l'attaque de l'Etat UMP. Bref, on n'a pas décollé très haut. Et pourtant ... nous avons eu droit à un discours de chef d'Etat.

DSK sait toujours resituer sa vision dans une perspective historique pour nous aider à recadrer et comprendre les évènements actuels. Ses premiers mots furent : "13 mai 1958 crise de régime ; 13 mai 1968 crise sociale, 13 mai 2006 nous subissons les deux crises auxquelles il faut ajouter la crise morale". Le décor était planté pour une attaque en règle de ce pouvoir en déliquescence totale. Le pays n'est plus dirigé. Nous avons subi quatres crises en un an, en commençant par celle du traité constitutionnel et en finissant par cette histoire de clan qui est prêt à tous les mauvais coups pour conserver le pouvoir. Et il eut ces mots très durs :
"Le premier ministre est pitoyable"
"Et ensuite, ce sont les mêmes qui se permettent de traiter les jeunes de banlieue de racailles".

"La droite échoue" a t-il poursuivi et "on ne sait dans quel état elle va laisser la France" dans un an. Sa seule réponse c'est le renoncement à notre modèle social : c'est l'alignement sur le modèle anglo-saxon. C'est aussi renoncer à notre modèle républicain comme Nicolas Sarkozy vient de le démontrer avec son nouveau projet sur l'immigration.

Au delà de la critique, DSK s'est employé à développer un nouveau corpus théorique, une nouvelle doctrine autour de la notion de renouveau. Ce renouveau doit s'appuyer en premier lieu sur une pratique du pouvoir qui repose sur la valeur cardinale pour un homme politique : le sens des responsabilités. S'engager, ne promettre que ce qu'on sait pouvoir tenir, assumer les conséquences de ses actes.

C'est à ce moment que Dominique, vivement applaudi, a évoqué sa propre démission suite à sa mise en cause - à tort - dans l'affaire de la MNEF.  DSK n'avait pas attendu huit jours pour tirer les conclusions. La comparaison avec l'actuel gouvernement est sans appel.

Puis DSK s'est lancé dans un vibrant discours énoncant les conditions du retour à la croissance, l'avènement de la société de la connaissance, les problèmes géopolitiques liés à une nouvelle politique étrangère, de la défense et de l'énergie. On ne peut singer les recettes du passé, car il faut selon lui "changer de paradigmes", le contexte des années 1997-2000 n'étant plus d'actualité. Ceux qui s'y essaieraient se prêteraient à de graves désillusions. Comment mieux dire que la vraie compétence ne consiste pas à copier ou à chercher ailleurs mais à imaginer de nouvelles solutions ?

Pour celà, DSK a avancé un thème qui lui est cher : la prise en compte des injustices à la racine, par exemple que ce soit pour l'éducation ou le logement. Cette approche est désormais récurrente dans la doctrine strauss-kahnienne. C'est selon lui le noeud de la refondation du corpus théorique social-démocrate. Chacun d'entre nous savoir qu'il n'est pas seul. Même si les inégalités frappent et frapperont encore, la société sera derrière nous pour endiguer les vagues de la mondialisation, mais aussi les vagues de souffrances individuelles, les vagues de difficultés professionnelles. Pour ceux qui sont sans famille ou sans abri, il reste un espoir. Il a ainsi su exprimer les valeurs de générosité et de solidarité qui fondent notre engagement.

Toujours sur le plan des valeurs et de l'engagement à gauche, DSK a rappelé son propre parcours militant, à gauche de la gauche avant de - il y a 30 ans - rejoindre le Parti Socialiste, après avoir écouté un discours de ... François Mitterrand. Cette autre valeur à défendre et à refonder c'est l'universalisme. Et à cet instant nous avons eu droit à l'homme ayant vécu au Maroc qui rappelle que la France, un pays riche, a des devoirs envers le Sud et notamment le Continent africain, notamment en raison de notre passé colonial.

Enfin, DSK s'est retourné vers la France pour nous parler réforme des institutions, insistant sur le fait qu'une pratique non vertueuse du pouvoir comme aujourd'hui empéchait tout renouveau de la politique. Une proposition phare : le mandat unique. Un changement de la république, pas forcément de république. Le critère principal étant d'aller vite et d'améliorer progressivement, sans rejeter ce qui est bon.

En conclusion, DSK s'est attaché à développer cette idée simple : "Président oui mais pour quoi faire ?" Au delà de l'ambition personnelle, il s'agit avant tout pour le pays et pour l'Europe de retrouver le chemin de l'efficacité et de la justice. Il s'agit pour la gauche de revenir au pouvoir mais de ne pas être balayée après un seul mandat, en accumulant les rejets. Rejet des autres en arrivant, rejet de soi en partant. Il s'agit de gagner et de mériter de regagner comme les autres social-démocraties européennes l'ont prouvé.

J'ai eu l'impression que la standing ovation finale réservée à DSK venait comme un remerciement pour cette détermination sans faille, cette sensation de force en marche, cette course de fond - aussi bien dans la durée que dans l'intensité - dans laquelle nous nous sommes tous lancés ce 13 mai.


Collectif national Socialisme et Démocratie (1)

Sd20060513_1 J'étais hier avec Dame Aiglon au 101 rue de l'Université au milieu de 400 dirigeants, cadres et militants, somme de soutiens affichés pour écouter entre autres Alain Bergounioux, Pierre Moscovici, Jean-Christophe Cambadélis et enfin bien sûr DSK lancer la campagne pour l'investiture du PS. Michel Rocard a fait l'amitié de participer. De même que Claude Evin, Catherine Trautmann, Jean-Marie Le Guen, Marisol Touraine et bien sûr Jean Paul Huchon qui animait les débats. Que de choses intéressantes et intelligentes ont été dites ce matin là. J'ai pris pas mal de notes ayant eu la chance de trouver une place au 3ème rang tout près de la tribune, quasiment les yeux dans les yeux avec les orateurs. Je livre en vrac mes premières impressions.

Alain Bergounioux : précis et méthodique, il a surtout insisté sur les ruptures de solidarité, l'individualisation des comportements et la fragmentation de notre société. Il a aussi évoqué l'héritage lourd que la droite va laisser aussi bien sur le plan financier que sur le plan moral. La première tâche selon lui serait de rendre la confiance "à ceux qui créent et à ceux qui souffrent". Comment résumer en si peu de mots, l'idéal social-démocrate : le progrès et la justice.

J'ai beaucoup aimé les analyses de Pierre Moscovici sur le futur de l'Europe, l'absence de plan B, la relance lente du processus, qui ne devra pas passer par les institutions, la nécessité d'un gouvernement économique via l'Eurogroupe, le risque de ne pas traiter le sujet européen dans le projet 2007 par gauchissement de nos positions et tentation d'escamoter ce qui est pourtant aujourd'hui une question de politique intérieure. La nécessité aussi de monter le budget européen à 2% du PIB, en changeant la structure des dépenses et nos priorités (il n'a pas évoqué la PAC mais c'était sous-jacent). Important aussi, il a évoqué le "malaise français" que seules des personnalités fortes et compétentes pouvaient relever en Europe : suivez mon regard.

JC Cambadélis, ah lui, c'est le talent d'analyse politique à l'état pur, l'inventeur de formules qui font mouche. C'est lui qui avait théorisé le concept et le mot de "gauche plurielle". Jccambadelis Il a été le plus lyrique parmi les 3 qui ont précédé DSK à mon sens. Il a parlé d'une course contre l'effondrement de nos modèles entre renoncement et renouveau. Ces mots "renoncement" et "renouveau" ont d'ailleurs été repris par DSK dans son intervention. En procureur impitoyable, il a flingué la droite : la France est livrée à elle même à cause de Chirac. Nous sommes en dépôt de bilan économique et social, avec le désastre moral au bout. Il a qualifié Sarkozy de "victime jubilatoire" et a eu ce mot : M. Sarkozy, appliquez vous votre formule "un gouvernement on l'aime ou on s'en va". Il a eu aussi cette formule qui devrait à mon sens faire sens pour beaucoup : non au deuxième centre. Ce deuxième centre c'est le blairisme à la française, c'est le royalisme. Royal est au centre dans une forme de radical socialisme à la Chirac alors que DSK est dans le réformisme radical. Ca m'a paru lumineux. De là dire que Sarko battrait Royal sur le thème : Chirac-Royal même combat même impuissance ? Il ne l'a pas dit, mais moi je le pense. DSK est le candidat anti-Sarko, a t-il encore dit, le candidat qui répond à la crise des solutions. Et il aussi en conclusion taclé nos amis qui voudraient nous voir abandonner la partie sur le tapis vert des sondages, alors qu'en face on n'a strictement rien prouvé sur le terrain des idées et plus grave qu'on refuse le débat. Comme s'il fallait épargner la blanche colombe vu que Sarkozy lui, risque de l'étriller en débat. Brillant et convaincant. Bravo. Dsksd

J'en reste là pour ce post, pour consacrer le suivant à l'intervention de DSK dont voici la vidéo complète toute fraiche. L'image bouge un peu au début mais tout se règle ensuite.

Photos reproduites avec l'aimable autorisation d'Akli qui a produit un intéressant compte-rendu de l'évènement.
A voir également le site : le Finistère avec DSK de notre amie Alice.