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avril 2006

Villepin démissionné ?

Un premier ministre sous la Vème République sert normalement de fusible au Président de la République. Jusqu'à présent, c'est plutôt Jacques Chirac qui sert de protection à Dominique de Villepin.

Après le CPE, c'est l'affaire Clearstream qui éclabousse aujourd'hui l'exécutif. Le côté comploteur du chef du gouvernement apparaît aujourd'hui aux yeux de l'opinion, certainement tentée de donner un grand coup de balai dans ces pétaudières que sont devenus l'Elysée et Matignon. Les grands airs de romantique passionné de DDV ne trompent plus grand monde on l'espère, tant on avait pensé que le grand homme serait passé à l'acte de la démission suite au retrait du CPE. Que nenni, on découvre un homme qui s'accroche à son pouvoir à défaut de ses convictions. Les ombres du personnage le disputent désormais aux lumières et aux applaudissements qu'avaient fait naître ses discours vibrants à l'ONU. J'avais frissonné en l'entendant évoquer "notre vieux pays la France, un vieux continent l'Europe". Quel désenchantement aujourd'hui.

On ne s'ennuit jamais avec le premier ministre, mais rarement dans le bon sens du terme. Pour lui aller de crise en crise semble l'exercice normal de la politique. Chirac a donc bien commis une nouvelle erreur en nommant de Villepin, ou l'art de se prendre soi-même les pieds dans le tapis.

Si le Président veut avoir un minimum de paix pour la fin de son mandat, continuer à faire tranquillement la sieste l'après-midi et fermer l'Elysée au delà de 20 heures 15 comme la presse s'en fait l'écho, il serait temps de changer de premier ministre à défaut d'élections anticipées qu'on n'ose espèrer.

Un fidèle comme Jean-Louis Debré remplacerait avantageusement celui qui n'a fait que dilapider en quelques mois tout le capital que son style et son allure associés à quelques bons chiffres économiques lui avaient conféré.

A l'issue de la crise du CPE, on avait parlé de crise de régime. Il est urgent d'agir, il ne s'agit plus de tenir, mais de prendre la mesure de l'impuissance de l'Etat dans l'état actuel des choses. Le monde avance, mais l'Europe est en panne, la France est en panne. La gauche doit s'emparer de ce dossier et réclamer la démission du gouvernement. La rentrée parlementaire mardi promet d'être chaude. Le PS doit être offensif et appeler à la responsabilité dans cette affaire d'Etat, car on ne sait plus s'il y a un pilote lucide dans cet avion..


Douste-Blazy vitriolé par le Monde

Le ministre des affaires étrangères ne parle pas l'anglais, ni l'espagnol, ni aucune autre langue que le français. Il ne pratique pas non plus le langage diplomatique qui oblige à peser la moindre virgule avant d'évoquer les affaires du monde.

Ce n'est pas forcément un mal de s'affranchir de la norme technocratique. Mais cela terrifie les ambassadeurs, le Quai d'Orsay, Matignon, et l'Elysée, qui ont pris l'habitude de le faire suivre à la trace par un fonctionnaire armé de dossiers et d'un magnétophone.

Le ministre n'a pas toujours une vision très claire de la géopolitique. Il s'est laissé plusieurs fois surprendre à confondre Taïwan et la Thaïlande, la Croatie et le Kosovo. Lorsqu'une catastrophe aérienne a endeuillé la Martinique, le 16 août 2005, il a voulu aussitôt se rendre à Fort-de-France. Il a fallu que l'Elysée intervienne pour rappeler que les Antilles ne sont pas un territoire étranger. Quand il s'ennuie dans une réunion, même devant les plus grands directeurs du Quai d'Orsay, il peut ostensiblement sortir son téléphone portable et pianoter des SMS sans plus rien écouter.

Il y a quelques mois, Condoleezza Rice a fait appeler son cabinet. La conseillère du président américain avait joint tous ses homologues et souhaitait parler à Philippe Douste-Blazy. C'était un vendredi. Le ministre était dans sa circonscription de Toulouse. Sans traducteur ni conseiller diplomatique auprès de lui. Selon des sources diplomatiques, le Quai, à la grande surprise de Washington, a préféré dire à l'Américaine de rappeler après le week-end.

Les premiers mois après son arrivée, en juin 2005, les diplomates français vivaient dans la terreur de ses gaffes. En visite à Gaza, en septembre, on le vit assurer que les Israéliens étaient prêts à embaucher de jeunes Palestiniens, alors même que les permis de travail, déjà en nombre très réduit, sont seulement attribués aux hommes mariés de plus de 35 ans depuis plus de dix ans. La presse israélienne, éberluée, l'a suivi jusqu'au musée Yad Vashem de la Shoah, à Jérusalem. Long arrêt devant une carte d'Europe qui présente chaque pays en deux colonnes figurant l'importance des communautés juives "avant et après" la seconde guerre mondiale. Le ministre français : "Il n'y a pas eu de juifs tués en Angleterre ?" Réponse gênée du conservateur du musée : "Mais, M. le ministre, l'Angleterre n'a pas été occupée par les nazis." M. Douste-Blazy n'a pas sourcillé et a repris : "Mais il n'y a pas de juifs expulsés d'Angleterre ?"

A New York, après un dîner important à l'ONU entre ministres, sans les conseillers, les diplomates français réclament, comme c'est l'usage, un débriefing. Le ministre se montra si flou qu'il fallut réclamer un compte rendu... à son collègue britannique. Dominique de Villepin, qui l'aime pourtant bien, s'agace souvent de ses déclarations à contretemps. Et Jacques Chirac a peu apprécié les propos très catégoriques de son chef de la diplomatie quant aux aspects "militaires" présumés du nucléaire iranien, propos qui ont valu au ministre une place de choix dans le New York Times du lendemain.

La communication est l'un des dadas de Philippe Douste-Blazy. Il l'a d'ailleurs annoncé aux diplomates dès son arrivée. Aujourd'hui encore regrette-t-il devant nous, "les autres ministères sont sous le regard permanent des médias. Ici, la moindre phrase doit être travaillée pendant des heures, mais cela n'intéresse personne. TF1 ne fait jamais rien."

Autant dire que son arrivée au Quai d'Orsay a désorienté bon nombre de fonctionnaires. "Tenir" ce ministère est difficile. Les dossiers sont multiples, complexes, mouvants. Les voyages sont nombreux. Tout dérapage peut provoquer un incident. Ici, un ministre faible est vite accusé de tous les maux : le déclin de la France dans le concert des nations, les réductions budgétaires qui affectent le ministère depuis déjà quatre ans. Mais au fond, on reproche surtout à "Douste" d'être le syndrome de cette fin de règne élyséenne qui n'en finit pas.

Le jugement est sévère. Il n'est pas toujours partagé par ses prédécesseurs. Alain Juppé l'encourage à persévérer. Le socialiste Hubert Védrine montre une certaine indulgence, en privé. Mais dans le sérail, on ne lui passe rien ou presque. A ses surnoms de toujours dans le monde politique, "Douste-Blabla" et "Docteur Douste et Mister Bluff", sont venus s'ajouter ceux de "Mickey d'Orsay" et "Condorsay" que les diplomates se susurrent entre eux d'un air déprimé.

Philippe Douste-Blazy n'ignore rien de tout cela. Depuis vingt ans qu'il fait de la politique, il a toujours suscité l'engouement, puis le doute. "Avec lui, dès qu'on gratte un peu, on sent tout de suite le Formica", a souvent dit le député des Hauts-de-Seine André Santini, qui l'a côtoyé des années à l'UDF. "Douste" est malin, rapide, drôle souvent. Mais il a une incroyable légèreté intellectuelle qui fait à la fois son charme et sa limite. Lui-même explique les choses franchement : "Quatre ou cinq jours avant d'être nommé à Matignon, Dominique (de Villepin) m'a demandé ce que je souhaitais. Je voulais un ministère régalien pour compléter mon parcours. L'économie ou l'intérieur." L'exigence était ambitieuse. Certes, Philippe Douste-Blazy a mené en 2002 une partie de l'UDF dans le giron de l'UMP, alors chiraquien, et a pris fait et cause pour Dominique de Villepin contre Nicolas Sarkozy.

Ancien médecin, il s'est plutôt bien débrouillé au ministère de la santé et a amorcé un début de réforme de l'assurance-maladie. Mais, en ce printemps 2005, il n'a pas de compétences pour ce qu'il réclame. Bercy paraît trop gros pour lui. François Pinault, l'un des rares grands patrons à côtoyer régulièrement Jacques Chirac, a mis en garde le président : les finances publiques et la relation aux entreprises ne s'improvisent pas. Quant à l'intérieur, ce n'est qu'à condition d'y être nommé que Nicolas Sarkozy est prêt à revenir au gouvernement.

Villepin ouvre donc deux portes : un vaste ministère des affaires sociales ou les affaires étrangères. "Douste" opte pour le prestige du Quai. "Seulement, reconnaît-il, je suis arrivé après le non à l'Europe." L'Elysée et Matignon ne l'ont pourtant pas laissé seul aux manettes. Pratiquement aucune nomination d'ambassadeur n'est de son fait. Son cabinet, hormis une demi-douzaine de collaborateurs - dont trois chargés de la communication alors que ses prédécesseurs n'en avaient qu'un -, a été entièrement composé sous l'oeil de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin. Le directeur de cabinet, le très élégant et dévoué Pierre Vimont, est l'ancien patron du cabinet de Dominique de Villepin, puis de Michel Barnier au Quai d'Orsay.

Le nouveau secrétaire général du ministère, Philippe Faure - un diplomate qui a passé dix ans dans le privé - est un ami du premier ministre. Et à l'Elysée, le sherpa du chef de l'Etat, Maurice Gourdault-Montagne, s'attache à faire du Quai d'Orsay le back office de la présidence. "Imaginez un peu : avec, au-dessus, un président de la République et un chef du gouvernement lui-même professionnel de la politique étrangère, note avec flegme l'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, le titulaire du portefeuille ne peut être qu'un aimable second."

Le ministre se moque pourtant que l'on puisse douter de sa compétence. C'est une de ses grandes forces que de n'avoir aucune des marques d'orgueil qui peuvent freiner l'audace. "Douste" aime le risque. Croit en sa chance. Méprise les fonctionnaires. Et rêve finalement d'une vie d'aventures. Longtemps, lui qui se vante d'être un bon pilote de rallye, il a lâché cette phrase à ceux qui lui recommandaient la prudence : "Quand j'aborde un tournant, j'accélère !" Lorsqu'il était ministre de la culture (1995-1997), il riait lui-même de ses insuffisances. On l'a vu faire chevalier "des chiffres et des lettres" un grand écrivain et débiter avec le plus grand naturel les fiches de lecture rédigées par ses collaborateurs. On l'a aussi entendu théoriser tout haut sa technique pour visiter une exposition d'art contemporain : "Passer les trois premières oeuvres... Ralentir à la quatrième... S'arrêter longuement à la cinquième et la déclarer très profonde. Ça marche très bien !"

"Douste" s'en flatte : cette désinvolture ne l'a pas empêché jusqu'ici de faire une fulgurante carrière politique. Elle lui donne même le culot d'accomplir deux ou trois coups d'éclat. Au ministère des affaires étrangères, il a cependant vite vu qu'il ne parviendrait à trouver ni autonomie ni visibilité. Ses tentatives pour s'affirmer sur le contentieux nucléaire iranien ont été vitrifiées par l'Elysée. La ministre des affaires européennes, Catherine Colonna, a l'entière confiance du président pour tout ce qui relève de l'Europe. Et l'Afrique est la chasse gardée du président.

Philippe Douste-Blazy s'adapte donc et se concentre sur ce qu'il sait faire : la médecine, l'humanitaire, la communication. Le 5 janvier, il a organisé le rapatriement en France d'une trentaine d'enfants libyens infectés par le sida et obtenu en échange de rencontrer un groupe d'infirmières bulgares emprisonnées par le régime de Kadhafi. Reprenant une idée de Bill Clinton, il jette aujourd'hui toutes ses forces dans la réalisation d'un projet ambitieux : la facilité internationale pour l'achat de médicaments (FIAM) qui vise à améliorer l'accès aux médicaments des populations des pays pauvres touchées par trois pandémies mondiales : le sida, la tuberculose et le paludisme. "Le fait qu'on laisse mourir les pauvres alimente le terrorisme", assure-t-il. La FIAM - et son adossement sur une taxe sur les billets d'avions voulue par Jacques Chirac - a été peaufinée à coups de réunions. Des réunions managées à sa façon.

"Douste" a toujours su mobiliser autour de lui des jeunes gens ambitieux et rapides, communicants, producteurs de télévision, patrons de la radio NRJ, parmi lesquels le ministre se sent à l'aise parce qu'ils échappent aux circuits classiques de l'énarchie gouvernementale. Si la FIAM marche, Douste aura, après tout, laissé quelque chose d'utile de son passage au Quai d'Orsay. "Il a trouvé un terrain sur lequel il a prise", reconnaît un membre de son cabinet qui défend d'ailleurs cependant la "fraîcheur" de son ministre : "Il ne s'embarrasse pas de décorum, fonctionne à l'oral. Dans un univers où chacun pond des notes, cela a quelque chose de décapant et d'intéressant."

Mais ensuite ? C'est là qu'est la difficulté. Philippe Douste-Blazy s'est peu à peu isolé au sein du monde politique. Bien sûr, sa séduction et son entregent lui ont d'abord valu des succès. Il fait toujours figure, à 53 ans, de gendre idéal et est le parrain d'une bonne douzaine d'enfants. Mais la plupart de ses anciens collaborateurs l'ont quitté, exaspérés par sa légèreté et son insatiable ambition. Pire, beaucoup lui reprochent de mentir partout sur tout, à tous.

Au départ, cela ne l'a pas forcément desservi : il ment souvent avec talent. En 1993, le jour de la nomination du gouvernement d'Edouard Balladur, c'est en contrefaisant la voix du centriste Bernard Stasi qu'il parvient à décrocher un rendez-vous avec Simone Veil. Celle-ci est pressentie pour tenir les affaires sociales. Lui, vient de conquérir la mairie de Lourdes mais n'est encore qu'un de ces jeunes médecins qui gravitent dans les milieux rénovateurs du centre et de la droite. Il a cependant marqué la mémoire de l'ancienne présidente du Parlement européen, quelques années plus tôt, en la raccompagnant en voiture et sur des chemins défoncés, de Sarajevo en guerre. "Douste" l'appelle donc au restaurant et décroche un rendez-vous. Il la convaincra, au charme, de le prendre avec elle comme ministre délégué à la santé.

Au fil des années, pourtant, ses amis se sont lassés de sa désinvolture à l'égard de l'argent de l'Etat, de l'amitié, de la fidélité. Les écouter, c'est entendre une longue liste d'histoires drôles et terribles de trahisons et de coups tordus. C'est voir "Douste" invoquer pour la vingtième fois l'agonie de son père (pourtant en parfaite santé), ou un rendez-vous avec Jacques Chirac (alors que la radio vient d'annoncer le président en province) pour justifier un retard qu'on lui aurait sans doute pardonné. C'est le trouver tour à tour généreux pour un malade, mais blessant pour un collaborateur. Capable de déplacer des montagnes pour une bonne idée et de perdre dans l'avion un dossier confidentiel. "Il se jette dans le vide parce qu'il sait qu'il a de la chance", explique l'un de ses anciens conseillers. "C'est un comédien extraordinaire qui, comme tous les comédiens, dépend uniquement du regard des autres, nuance un de ses rares amis de longue date, le producteur Jean-François Boyer. C'est vrai qu'il peut mentir, même à lui-même. Mais il veut à tout prix échapper à la médiocrité."

Politiquement, ce mélange détonant qui a fait son succès est aujourd'hui sa faille. Nicolas Sarkozy a d'abord flairé en lui l'animal politique, capable de prendre d'assaut, en quinze ans, la mairie de Lourdes, le groupe UDF à l'Assemblée, les ministères de la santé, de la culture, des affaires sociales, la mairie de Toulouse, le secrétariat général de l'UMP. Mais Philippe Douste-Blazy, sans avoir lu Cortès, a brûlé tous ses vaisseaux en se plaçant en rival de Sarkozy pour Matignon, en 2002... alors même que Jacques Chirac n'avait l'intention de les nommer ni l'un ni l'autre. Puis en choisissant Dominique de Villepin. Depuis, le président de l'UMP se défie de lui.

Mais il y a plus grave. "Douste" a peut-être façonné lui-même, à Toulouse, son ennemi mortel. Dominique Baudis, après avoir succédé à son père et tenu le Capitole pendant dix-sept ans, l'avait choisi comme dauphin à la mairie.

Aujourd'hui, il reproche toujours à son successeur de ne pas l'avoir informé qu'une infâme rumeur courait sur lui dans l'affaire Alègre. Il ne pardonnera pas. "Baudis est un sniper. Il attend désormais d'avoir Douste dans son viseur et il tirera", prédit un proche du président du CSA. C'est aussi parce qu'il sait cela que le ministre s'inquiète parfois. Jusqu'à ce que son naturel le pousse à nouveau, parce que, dit-il, "il vaut mieux avancer pendant qu'il est encore temps."

Raphaëlle Bacqué (avec les correspondants du "Monde")
Article paru dans l'édition du 28.04.06
Note personnelle : je recopie rarement un article intégralement, un lien faisant en général l'affaire, mais la dénonciation aussi vive de l'imposture Douste Blazy fait date dans un journal de référence comme Le Monde. L'incompétence de ce gouvernement à bout de souffle n'en est que plus criante. On croit rêver,mais non ce sont bien ces gens là qui nous gouvernent.

Ca sent la poudre à gauche ...

Les éléphants du PS commencent à s'ébrouer sur fond de sondages unanimement et régulièrement en faveur de la Présidente de Poitou-Charentes.20060425fig000000246_1

Les critiques sont de plus en plus vives sur l'entourage et les méthodes de Ségolène Royal qui esquive le débat en permanence.

Les demandes récurrentes de débat public se heurtent au choix délibéré de Ségolène Royal de ne pas sortir de l'ambiguité qui objectivement la sert.

Celà dit la victoire des éléphants -si elle survenait - pourrait fort bien être une victoire à la Pyrrhus qui favoriserait le retour d'un Lionel Jospin en embuscade, l'homme blessé qui espère tirer les marrons du feu sans trop se fatiguer à ce stade. Un septuagénaire en 2007 leader du PS ... quel aveu d'échec ce serait.

Les sondages sont ce qu'ils sont. Il y a quand même sérieusement le risque d'étouffer tout débat et d'anesthésier la gauche comme le souligne fort à propos Jean-Christophe Cambadélis dans son blog. On aurait tort en effet de croire que la gauche structurellement minoritaire dans l'opinion aurait à coup sûr les chances les plus fortes en 2007.


Sarkozy prend pour cible Royal

Signe que la montée dans les sondages de Ségolène Royal énerve le Président de l'UMP, ce dernier la prend pour cible aujourd'hui dans une réunion d'accueil de nouveaux adhérents.

Il l'accuse de n'avoir pas d'idées, et de copier celles des autres.Ce genre de pique que Libération avait déjà lançée, démontre en tout cas que la campagne commence à se cristaliser autour du futur duel annoncé. Bien trop tôt à mon avis pour les deux candidats. Sarkozy se satisfaisait d'une concurrence même légère de Villepin, alors que Royal avait au moins besoin d'attendre novembre pour savoir si les militants PS vont suivre l'opinion. Si Sarkozy installe aussi vite le théatre du deuxième tour, je crains que les électeurs s'éparpillent comme en 2002 au premier tour et surtout que les attaques se concentrent sur les deux candidats majeurs. D'autant que si la droite attaque Ségolène, mécaniquement celà va renforcer l'opinion des militants qu'il la craint et donc conforter un sentiment de défense de la candidate.

Pour couronner le tout, Sarkozy souhaite reprendre un par un les électeurs du FN. Avec cet argument à destination des étrangers "Aimez la France ou quittez là". Pourquoi ne donne t-il pas ce conseil à ceux qui parmi les Français détestent leur propre pays ou en donnent une image de pays replié sur lui même, incapable de se réformer, en un mot promis au déclin. Il est fort à parier que nombre de ses amis seraient alors du voyage.

Que voulez-vous, je ne m'intéresse pas aux idées, moi, je m'intéresse aux personnes.
Albert Camus [ Les Justes ]


Relancer la construction européenne

A peine avais je terminé ma note précédente concernant ma vision du futur programme du PS sur ces mots : "cela rappelle furieusement la Constitution européenne " que je tombe sur cette dépêche AFP dans le Monde : 

Le vainqueur des élections législatives italiennes Romano Prodi a déclaré souhaiter l'accélération de l'intégration d'un noyau dur d'Etats au sein de l'Union européenne, dans une interview publiée, dimanche 16 avril, par l'hebdomadaire britannique Sunday Times.

Le chef de la gauche italienne, 66 ans, a ajouté vouloir injecter du sang neuf dans le projet de constitution à 25 et procéder à une nouvelle alliance de pays proches, susceptible de laisser la Grande-Bretagne en dehors." [...]

"Nous devons tendre vers une constitution beaucoup plus simplifiée qui s'attache aux grands principes. Cela sous-entend la première partie de la constitution, le chapitre sur les droits fondamentaux et peut-être le protocole social. Mais nous devons (en) retirer tous les aspects techniques qui ont effrayé les gens", a-t-il dit.

L'ancien Président de la Commission n'oublie pas la dimension européenne dans son projet. Il sait ce que l'Italie doit à l'Union. Il sait aussi que rénover son pays en difficulté passe par le soutien des partenaires historiques. On lira avec intérêt un article publié en janvier dernier par plusieurs leaders socio-démocrates européens sur ce thème au premier rang desquels on trouve Dominique Strauss-Kahn.

Ainsi la relance de l'Europe politique serait à l'ordre du jour après 2007 entre six ou sept pays formant le noyau dur. Là encore, l'idée de la renaissance du projet européen sous l'impulsion de pays à forte majorité sociale-démocrate semble une voie prometteuse. Une nouvelle vague d'approfondissement de l'Union après un élargissement mal digéré. Un bémol mais de taille : que la France suive l'Italie et l'Espagne dans l'alternance à gauche. Faut-il voir dans la mise à l'écart de l'Angleterre de Tony Blair autre chose qu'une restauration (oui encore ce mot) de la Vieille Europe comme moteur de la construction ? Probablement tant il est vrai que la logique néo-libérale rencontre partout une forte résistance. On n'est qu'au début du mouvement mais ces premières hirondelles annoncent un joli printemps 2007.


Civiliser la mondialisation : un nouveau contrat social universel

Le PS est en train de bâtir son projet pour 2007. Pour l'instant, ce qui filtre l'est de façon parcellaire au travers des Etats Généraux. Récemment ce fut à Rennes, haut lieu de la contestation étudiante contre le CPE.

Prochaine étape Lyon le 22 avril sur le thème "environnement et développement durable".

Ont déjà été couverts :

  • République pour tousEgps_2
  • Décentralisation - Logement
  • Egalité sociale

A venir :

  • Démocratie politique, sociale et participative
  • Emploi - croissance
  • Education - recherche
  • Politique étrangère

Chaque thème est résumé dans la Synthèse de la Commission Nationale du Projet et fait l'objet des propositions qui constitueront le coeur du programme. L'exercice est peut-être aride et fastidieux à éplucher pour les médias qui aiment les mesures "visibles et lisibles". Il y aura certainement une phase d'appropriation et de restitution par les candidats à la candidature qui permettront de voir apparaître le thème central de la future campagne, la vision spécifique de chacun d'entre eux. Cette synthèse de la synthèse viendra en son temps. En attendant voilà ma contribution personnelle à cette vision : ma vision de ce que pourrait être notre engagement.

La récente campagne de Romano Prodi doit nous servir d'exemple et de contre-exemple : évitons les pavés de littérature indigestes et insistons sur le "Pourquoi voter socialiste ?". L'erreur serait de croire que le rejet suffira à nous faire gagner, sans susciter d'adhésion populaire, car au delà des abrogations nécessaires, il y a surtout la reconstruction. Il s'agit aussi de prendre un peu de hauteur pour imaginer le monde où nous voulons vivre nous et nos enfants.

C'est bien en ce sens que le vrai débat pour 2007 pourra s'engager sur une dynamique positive qui nous amènera à fédérer l'ensemble des forces de gauche. Ces forces seront engagées au service d'un nouveau mouvement de restauration politique, économique et sociale :

  • restauration de l'action de l'Etat
  • restauration de la confiance des citoyens en leur avenir.
  • restauration des valeurs de solidarité et de partage pour une nouvelle république

Toute l'action passée du présent gouvernement aura conduit à casser les équilibres publics, réduire la république à des communautés fragmentées, et déprimer les français, alors que ces politiques de droite voulaient "libérer les énergies". La réalité est que le renoncement est la marque de fabrique de tous ceux qui nous ont gouverné, essentiellement par résignation ou complaisance face au pouvoir de l'argent. Face au pouvoir économique qui s'affranchit des frontières, corrompt les consciences et se moque des règles, il est temps de se doter de nouvelles marges de manoeuvre, de restaurer le pouvoir politique.

Il apparaît aux français que le monde leur échappe, que les repères traditionnels sont perdus, que nous avançons désormais en territoire inconnu et dangereux. Prenons les problèmes à bras le corps. Tels les pionniers qui découvraient le Nouveau Monde : traçons de nouvelles routes, établissons de nouveaux ponts, bâtissons des nouvelles villes. L'ambition d'un programme social-démocrate est tout tracé : civilisons la mondialisation. Dans les faits : inventons un nouveau contrat social universel, et commençons par l'appliquer chez nous. Chez nous, c'est la France mais c'est aussi l'Europe. Discutons en avec nos partenaires pour en faire un véritable socle de droits et de devoirs sociaux. Luxe de pays riche ? Cela rappelle furieusement la Constitution Européenne  ? Utopique ? ... Et alors ?


Jean Lassalle vainqueur sympa mais contestable.

Le député UDF Jean Lassalle arrête sa grève de la faim après 39 jours passés à attendre un dénouement heureux pour sa vallée perdue dans les Pyrénées.

Le groupe Toyal a accédé à la demande et investira donc à Accous au lieu de Lacq à 65 kilomètres de là. Il obtiendra des compensations financières de l'Etat pour les surcoûts engendrés et les autorisations nécessaires dans un délai de six mois à compter de la remise du dossier d'investissement.

Le bilan semble positif pour le député et les 150 personnes de la dite vallée, mais je suis sceptique sur la méthode et les résultats. Beaucoup d'élus s'étaient élevés contre la démarche.

Il n'est pas certain que cette victoire à court terme soit une garantie à long terme, le groupe japonais annoncant avoir perdu confiance en la France pour ses futurs investissements. Ensuite, que peut-on dire aux personnes qui à Lacq en France auraient pû bénéficier des nouveaux emplois créés ? Enfin quelle impuissance politique puisqu'il faut que le trio de l'exécutif français se mêle d'une affaire de ce type pour dénouer le dossier, avec un tel étalage que celà frise d'ailleurs la récupération. Est ce juste lorque nombre d'autres vallées et d'autres coins de France se désertifient en silence ? Un député ne doit-il se battre que pour sa circonscription et donc sa réélection ?

Obtenir cette décision par de tels moyens ne me semble ni légitime, ni souhaitable. Je ne suis même pas sûr d'admirer le courage de l'homme pourtant très réel. Je n'admets pas que les politiques se servent du chantage comme d'une arme au service d'une cause dont la justesse ne m'apparaît pas totalement. Lassalle a gagné, souhaitons lui de se rétablir et de se mettre au service de l'intérêt général avec plus de discernement.


Prodi gagne sur le fil

Romano Prodi vient de gagner une bataille longtemps indécise contre Silvio Berlusconi, dans un feuilleton à rebondissements qui aura fait successivement exulter puis déprimer et enfin soupirer de soulagement toute la gauche européenne. Le bonheur de la victoire est allé parfois bien au delà de notre camp, tant le populisme, la vulgarité et le corporatisme du milliardaire a pu écoeurer un grand nombre de citoyens de tous bords partout en Europe. Il est significatif que ce soit les italiens de l'étranger qui ait apporté de manière décisive (4 contre 2) leurs suffrages à Prodi, tant ils sont témoins de l'image dégradée de l'Italie à l'extérieur du pays.

Après un suspense à l'italienne, des sondages complètement à côté de la plaque, et une marge minuscule à l'arrivée, l'Italie se retrouve coupée en deux : 0,07% de différence entre les deux camps, à peine 25 000 voix sur 47 millions d'électeurs qui donnent la victoire au Professore.

Là encore l'essentiel est acquis, même si le futur gouvernement se prépare quelques moments difficiles avec une opposition impitoyable sur sa droite et quelques alliés turbulents à son extrême gauche. On dit que le paysage politique en Italie est beaucoup plus centré que chez nous, ce qui ne fait pas des communistes italiens des révolutionnaires, mais plutôt les égaux des Mélenchon, Généreux, Dolez et Filoche à la gauche du PS. Ce ne seront pas des cas simples à gérer en toute hypothèse.

Faisons confiance à la gestion consensuelle de Romano Prodi pour lever ces obstacles.   


Fin du CPE !

Le CPE est mort. Bravo les jeunes ! Bravo les syndicats !

Le parlement vient de voter ce matin la nouvelle loi qui remplace le CPE par de nouvelles dispositions en faveur des jeunes en difficulté d'insertion professionnelle.

Des mesures qui vont coûter encore 3 à 400 millions d'euros par an au budget de l'Etat. Un financement que le gouvernement avait oublié et qu'il a été obligé de trouver via un amendement de dernière minute. Beaucoup d'improvisation à tous les étages dans ce projet.

Mais la première bataille est gagnée : la fin de la discrimination et de la précarisation des jeunes à l'embauche. Reste encore à détricoter le CNE et surtout à trouver de nouvelle solutions pour lutter contre le chômage des jeunes.


Un modèle de CPE

Comment se faire de la publicité et un peu d'argent sur le compte du CPE ?

Simple : puisque le gouvernement ne veut pas publier de modèle de contrat première embauche des petits malins en font commerce sur le Net. Maître Eolas en avait pourtant fourni un gratuitement sur son site.

150 exemplaires auraient été téléchargés en quelques heures, ce qui peut être le fait de simples curieux mais aussi d'autres petits malins qui voudront se faire connaître en embauchant des salariés en CPE.

Il serait temps que la plaisanterie gouvernementale cesse. On attend paraît-il une solution lundi matin.