Après les manifestations monstres d'hier anti-CPE, nous avons eu droit ce jour à une séance de questions au gouvernement où le Premier Ministre a commis un énorme lapsus en répondant à François Hollande. Il a dit attendre "la démission" du Conseil Constitutionnel au lieu de "la décision". Symptôme d'un trouble profond, d'une fatigue nerveuse compréhensible, on ne sait.
L'exaltation semble envahir le Premier Ministre qui se sent animé de pulsions sacrificielles jusqu'à entraîner son camp dans le suicide collectif que redoute l'UMP Pierre Lellouche.
Alors parlons en de la décision attendue du Conseil Constitutionnel : peu de juristes parient sur une décision qui retoquerait le CPE quelque soit l'angle d'attaque introduit par les socialistes.
Ce serait pourtant une porte de sortie qui arrangerait pratiquement tout le monde dans l'attente de l'intervention de Jacques Chirac. Tous les partis, syndicats et mouvements de jeunes appellent son arbitrage de leurs voeux, notamment en demandant une deuxième lecture de la loi.
Pour éclairer sa décision, je me demande si le Président ne devrait pas lire cet article d'Eric Mandonnet de l'Express qui évoque sa manipulation par Villepin. Ca devrait ouvrir les yeux au Premier Magistrat de France, sauf si le journaliste a raison dans son explication qu'on peut résumer ainsi : Villepin tient Chirac par les ... parties intimes, auquel cas Conseil Constitutionnel ou pas, la stratégie de pourrissement que prédit Jean-Michel Aphatie est inscrite dans le marbre. Chirac est coincé comme Villepin est acculé. "Je te tiens, tu me tiens, ..."
Tout ceci nous entraîne bien loin du combat contre le chômage des jeunes. Ce combat fait l'objet de propositions répétées de la gauche, notamment celles de DSK. Unie dans l'opposition, la gauche fait feu de tout bois contre le CPE tout en avancant des propositions sociales. On entend plus l'opposition que la proposition mais dans le désordre actuel, comment pourrait-il en être autrement ?
Alors qui fait preuve de responsabilité dans cette affaire : l'opposition ou le gouvernement ? Au delà on devine l'ambiance irrespirable qui régne entre l'Elysée, Matignon et la place Beauvau. Politiquement, quand le rideau de ce théatre d'ombres s'abaissera, on peut s'attendre à quelques vengeances post mortem en 2007. Connaissant désormais les personnages, Villepin ne pardonnera jamais à Sarkozy le lâchage qui s'organise, et Sarkozy en voudra à Villepin de lui avoir autant compliqué la voie "royale" ...
