La réussite des dernières manifestations syndicales, lycéennes et étudiantes le prouve. Le gouvernement est de plus en plus enfermé sur lui même en raison du CPE. Conclusion : le joueur de poker Villepin a perdu son pari. Néron est trés fatigué.
Aveuglé par la réussite de l’opération CNE sur le plan politique comme sur le plan statistique, le Premier Ministre s’est autorisé une nouvelle relance sans que le gain espéré justifie le risque encouru. On s’étonne que Chirac pourtant si prompt à coller à l’opinion n’ait pas vu venir l’obstacle. Etonnante absence de flair du vieux lutteur, déjà floué en d’autres temps par le même Villepin coupable de dissolution intempestive en 1997. Déjà à cette époque paraît-il, c’était « le moment de shooter ».
Réussite du CNE ? Le CNE créé par ordonnances l’été dernier a été utilisé par les entreprises de moins de 20 salariés pour signer selon les statistiques environ 360 000 contrats de travail. Ce chiffre impressionnant en apparence, recouvre aussi bien de vraies créations d’emplois que bien plus souvent des emplois qui auraient été créés de toute façon soit en CDD soit en CDI. Beaucoup de petits patrons s’y sont engouffrés par pur effet d’aubaine. Pour autant le solde net de créations d’emplois marchand pour toute l’année 2005 se situe autour de 95 000. Le résultat global de la politique du gouvernement peine donc à se comparer aux 2 millions d’emplois nets créés entre 1997 et 2002 par la gauche au pouvoir, soit 400 000 par an en moyenne.
De toute façon quelque soit l'objectif initial : calcul politique, réduction du chômage ou combinaison des deux buts, c'est raté.
Calcul politique : on a bien compris que Villepin souhaitait damer le pion à Sarkozy sur le thème de la rupture, futur slogan de campagne. La rupture dans le programme de Sarkozy se traduisait par la refonte du code du travail et notamment par l’instauration d’un nouveau CDI unique intermédiaire entre l’actuel CDI et le CDD, avec augmentation progressive des droits avec l’ancienneté. Une proposition que la gauche progressiste envisage elle même mais en l’accompagnant de la sécurisation des parcours professionnels et de la formation tout au long de la vie. Au delà des mots que la droite emprunte à la gauche, on sait maintenant ce que « rupture » avec le modèle social français signifie pour le couple Villepin Sarkozy : une précarisation sans contrepartie pour les travailleurs.
Réduction du chômage : le Premier Ministre a joué sa popularité sur cet enjeu primordial aux yeux des français. Chance ou non, il a bénéficié de neuf mois consécutifs de baisse du chômage sans qu’il en soit responsable. On juge en général normal un délai de six mois avant d’observer les premiers effets directs d’une politique. Premiers effets des emplois aidés, les emplois Borloo, associés au nettoyage des fichiers de l’Anpe, ainsi que des premiers départs en retraite des générations du baby boom, tout ceci Villepin n’y est pas pour grand chose. Mais surfer sur ces résultats pour en attribuer les mérites au CNE, voilà qui paraissait jouable pour le Premier Ministre. Se positionner sur le créneau du chômage des jeunes après la crise des banlieues, c’était aussi jouer sur une corde sociale. Le gouvernement non seulement avait rétabli l’ordre mais cherchait des pistes pour l’emploi des jeunes. Et surtout des résultats rapides. Tel le joueur qui ne sait pas s’arrêter, le premier ministre a cru emporter un banco magistral en mariant audace et rapidité, un vrai blitzkrieg.
Combinaisons : tout en créditant Villepin d’un sens tactique éprouvé au service d’un objectif louable, on ne peut oublier la réaction de nombre de ses ministres « techniques » fort surpris de l’entendre spéculer sur les effets politiques des mesures proposées, sans s’intéresser un instant au fond. On lui parlait projet, lui se projetait dans les calculs. Sous Bonaparte, il y avait donc surtout Fouché, le manipulateur, l’admirateur des « combinazionne », le fourbe patenté. Petites manœuvres au service d’une ambition dévorante. Plus vite aura été l’ascension, plus dure sera la chute et le fiasco avéré.
L’homme Villepin est vilipendé de toutes parts désormais, lâché y compris par les siens, par les "fidèles" Sarkozystes, par l’UMP, par le MEDEF. Mais il s’entête, laisse filer des petites phrases pour dire que le mouvement social va finir par s’essouffler, que le haut de la vague sociale est atteint, qu’il suffit d’attendre et résister. Certes.
Même s’il a raison, d’ores et déjà les dégâts sont immenses pour la droite et peut-être irrémédiables pour 2007. La victoire à la Pyrrhus représentée par une application du CPE ne serait guère plus productive que le retrait immédiat du CPE, synonyme de démission. A peine peut-on estimer que la piste du désaveu par le Conseil Constitutionnel pourrait amoindrir le discrédit personnel. Les Sarkozystes minent même cette porte de sortie en affirmant qu’un gouvernement sait ce qu’il fait et qu’il ne saurait donc en être question. Ils ont la mémoire courte quand on se rappelle l’issue récente trouvée au sujet de l’abrogation de l’article 4 sur la décolonisation.
Tout concourt à l’idée que le joueur Villepin a perdu la partie quelque soit le terrain où l’on se place. Et l’on se rappelle que Chirac avait finalement de bonnes raisons pour avoir hésité entre Villepin le non élu, la fidèle Michèle Alliot Marie et le brouillon Jean-Louis Borloo pour le poste. Il a choisi le joueur pour contrer Sarkozy. Comment a t-il choisi ? On peut l'imaginer prononcer la phrase rituelle au casino : « Faites vos jeux, rien ne va plus ». Non, rien ne va plus Monsieur le Président, plus du tout.
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