GDF entreprise publique va voler au secours de Suez entreprise privée en fusionnant, telle est la nouvelle économique de ce week-end en France.
Voilà un projet doté d'un certain sens industriel au premier abord. La complémentarité des sociétés est réelle aussi bien sur le plan des produits que celui des pays. A l'analyse pourtant ce dossier a été géré par les politiques d'une manière pour le moins étrange cumulant précipitation et idéologie.
Amateur ou Machiavel ? On a du mal à qualifier l'action du gouvernement.
Les italiens en annonçant haut et fort leur OPA se sont tirés une balle dans le pied. Eux se sont clairement comportés en amateurs s'ils avaient vraiment l'intention de récupérer Electrabel dans Suez, puis de revendre le reste de Suez par appartements.
Ou alors, les italiens auraient agi ainsi pour susciter justement cette OPA de GDF sur Suez qui privatise de fait GDF, malgré les 35% restant à l'Etat. Et s'en indigner faussement ensuite. Berlusconi - Villepin machiavels complices ? Si aucune contre-offre d'Enel ne vient maintenant perturber l'histoire en cours, on ne peut rien exclure.
Même si cette manipulation de l'opinion -car c'en serait une - s'avère fausse, on se demande ce que le gouvernement vient faire dans la protection d'une entreprise privée, dont ni les emplois, ni l'outil de production ne sortiraient d'Europe ? L'Italie n'est pas l'Inde que l'on sache. Enel n'est pas Mittal. Tout ceci ressemble à une réaction épidermique d'amateurs impulsifs, bien dans le style de Messieurs de Villepin et Breton qui partent au feu en espérant que l'intendance suivra.
C'est en tout cas l'occasion d'un mécano industriel qui reconstitue quelque chose qui ressemble à l'ancienne EDF GDF, mais qui concurrence EDF de fait. Par un jeu de dominos opportuniste, on pousse à ce qu'EDF s'ouvre encore plus au marché dans le futur. C'est bien la fin des entreprises publiques dans le secteur marchand de l'énergie qui se dessine et pour le coup la rupture d'un bastion syndical cégétiste. La protection illusoire de la minorité de blocage dans le nouveau groupe éclatera la prochaine fois qu'il aura besoin de capitaux. L'Etat désargenté ne pourra pas suivre ou devra laisser l'entreprise végéter. Il s'agit donc d'un nouveau mensonge.
Les libéraux se félicitent même s'ils pensent que le marché aurait dû régler l'affaire tout seul. Dés lors quelque soit la manoeuvre initiale, il est démontré que le gouvernement agit par pure idéologie qui rappelle l'époque gaulliste : la constitution de champions privés nationaux franco-français.
Mais alors pourquoi ne pas simplement le dire ? Pourquoi ne pas l'assumer ? La droite renie ses engagements pris il n'y a même pas 18 mois de ne pas privatiser GDF. Le revers de la médaille c'est un bel argument pour la gauche en 2007 : Monsieur Sarkozy, expliquez nous ce que le mot engagement solennel veut dire pour vous ? Que veut dire stratégie de long terme dans votre bouche ? Les explications embarrassées de l'UMP ne convainquent personne.
Comment penser que les français seront dupes ? Comme pour le CPE, tout ceci est cousu de fil blanc. Le passage en force devient la règle. L'absence de concertation est maintenant monnaie courante. Sous couvert de patriotisme économique, la France se retrouve à empêcher des OPA entre européens et in fine à offrir son secteur public rentable aux entreprises privées en mal de bilan solide. Et l'Europe ? Quelle Europe ? De toute façon la France a voté Non, peut répondre le gouvernement, même si ça n'a rien à voir avec ce que souhaitent les pro-européens de tout bord.
Même si les belges semblent favorables à cette solution, c'est bien au final un protectionnisme anti-européen et la mise à l'encan du secteur public marchand que recouvre cette opération précipitée.
