La motion de censure déposée par la gauche contre la politique du gouvernement a été rejetée sans surprise par l'Assemblée Nationale ce soir.
Suivant les interventions sur LCP, j'ai été agréablement surpris par la pugnacité de François Hollande dans son discours. Le fond y était même si sur la forme je n'ai pas accroché totalement. Il s'est comme assagi, empreint d'une certaine gravité, mais il est vrai que la situation est sérieuse.
Beaucoup de critiques particulièrement fondées sur le bilan du gouvernement : croissance, compétitivité, dette publique, déficits sociaux, chômage. Sévère mais juste. Les chiffres sont là. Ensuite sur les mensonges liés au CNE/CPE qui préfigurent la fin du CDI et surtout l'absence de créations nettes d'emploi malgré la précarité accrue. Le CNE est un bide avéré de ce point de vue, un pur effet d'aubaine et de substitution pour les patrons. Combien de temps faudra t-il répéter que seule la croissance crée de l'emploi durable ?
Puis deux propositions : le contrat sécurité formation et la modulation des cotisations en fonction de la durée pour faire du CDI la formule normale d'embauche. Un peu le contrat unique à la mode social-démocrate. Pas mal du tout.
En conclusion l'appel au dialogue social et au respect des droits du Parlement qu'il a mis au crédit de la gauche de 1997 à 2002. Que du lourd difficile à contredire. Les faits sont là et la comparaison cruelle pour la droite. Durant toutes ces années pas un seul 49-3, malgré des alliés turbulents et revendicatifs, et la négociation avec les syndicats de salariés - pas vraiment avec le Medef - comme règle de gestion.
Bayrou et Accoyer que j'ai écouté d'une oreille par la suite m'ont littéralement assoupi. Accoyer est triste et ennuyeux. Je ne vois pas ce que Bayrou propose ni ou il va. Il critique la droite et la gauche, mais il fait dans le plus facile en jouant les Cassandre. A la fin il n'y a eu guère que Villepin pour me réveiller un peu. Il a de la voix et du style, c'est certain. Pour autant il était lui aussi dans un registre imposé et je ne me souviens pas d'une phrase ou d'une formule marquante. Il a de nouveau taxé la gauche de conservatisme face à son souci de "faire bouger les lignes". Je pense qu'il amorce une phase de déclin dans l'opinion qui le disqualifie pour la présidentielle. En tout cas les sondages vont dans ce sens, il n'a plus la cote chez les jeunes et le centre gauche. Il le sait, donc sa réaction va être intéressante : immobilisme ou nouvelle poussée d'activisme ? Je penche pour l'activisme, l'homme s'avérant autant impulsif qu'ambitieux.
La gauche a fait son travail parlementaire. Une nouvelle étape sera la mobilisation du 7 mars des étudiants et lycéens. J'ai aussi entendu qu'il y aurait des mouvements de grève interprofessionnelles. L'année 2006 ne sera donc pas une année inutile sur le plan du clivage gauche-droite qui paraît renforcé par l'offensive de la droite contre le droit du travail. Pour autant la gauche n'est pas vue par l'opinion comme étant capable de gouverner autrement. Le travail de pédagogie et de proposition reste à mener encore et encore. Une droite médiocre peut l'emporter par manque de désir pour les idées de la gauche ; si tant est que les français croient encore au débat d'idées. Ce qui n'est pas évident si on voit qui tient la corde dans les sondages. Les deux qui mènent sont ceux qui incarnent la rupture dans leur propre camp, ceux qui affichent leurs différences. Paradoxal ? Non si on veut bien voir dans ces tendances une forte aspiration au changement et la contestation de l'ordre établi.
Ah une dernière nouvelle people peu diffusée mais glanée à la radio : Nicolas et Cécilia Sarkozy qu'on croyait réconciliés se seraient à nouveau séparés. La presse s'est-elle auto-censurée ou a t-elle eu peur des réactions ministérielles ? Mystère. En attendant ceci expliquerait la relative discrétion actuelle du Ministre de l'Intérieur.
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