Quand on est peu qualifié, on a déjà un contrat majoritairement précaire : CDD ou intérim. On ne voit pas en quoi un contrat encore plus précaire pourrait faciliter l'accès au marché du travail. Les employeurs ont déjà les moyens de flexibiliser l'emploi. Pour créer un nombre d'emplois supplémentaires incertain, on rend l'ensemble des salariés encore plus inquiet pour son avenir.
Analysons en quelques mots les conséquences d'une généralisation de ce contrat et de la précarité
On peut imaginer qu’arrivée à un certain point de rupture, la confiance des ménages fragilisée est susceptible d'entraîner une baisse de la consommation, voire générer un excès d'épargne de précaution favorable aux placements financiers. La croissance pourrait en pâtir et réduire à néant toute relance de l'économie seule solution structurelle pour la création d'emplois et la réduction des déficits publics.
La flexibilité accrue peut être un frein à l'économie et donc s'avérer totalement contre-productif en termes d'emplois. Parmi les agents économiques, les seuls gagnants à court terme seraient les entreprises bénéficiant d’une main d’œuvre plus souple et destinataires d’afflux de capitaux liés à une épargne croissante. L’état et les ménages (salariés et consommateurs) vont financer cette répartition inéquitable de la valeur ajoutée.
Le pari des libéraux est que l’investissement des entreprises va finir par stimuler la croissance puis les profits et enfin les emplois de demain. Ce cercle vertueux n’a de sens que si le paradigme de départ se vérifie, à savoir que l’investissement productif se fasse dans notre pays et non dans des pays à forte densité de main d’œuvre et à forte croissance comme la Chine ou l’Inde. Paradoxalement, les salariés français et plus largement européens pourraient dans ce schéma contribuer à la destruction de leur propre emploi, d’où l’importance de l’attractivité de la France au niveau des capitaux.
On imagine aisément que ce chemin libéral parsemé d'embuches, de pièges et de risques ne devrait pas obtenir l'aval d'une majorité de nos concitoyens une fois que le débat aura mûri. La mobilisation à venir des jeunes et des syndicats sera décisive à plus d'un titre.
