Dominique de Villepin achève le lancement du deuxième étage de sa fusée destinée à faire exploser le code du travail. Le CPE (contrat première embauche) vient compléter le CNE pour autoriser la mise à l’essai pendant deux ans des jeunes ou des travailleurs des entreprises de moins de vingt salariés.
Les syndicats ne s’y sont pas trompés en dénonçant de manière unanime l’opération. Le CDI est mort, tous les nouveaux emplois marchands seront massivement répartis de la façon suivante :
- aux jeunes le CPE
- aux salariés de petites entreprises le CNE
- aux autres le CDD
- l’exception deviendra le CDI, réservés aux salariés très qualifiés ou en poste.
Pour ceux qui n’acceptent pas cette nouvelle hiérarchie des statuts, il restera le RMI ou l’ANPE.
On entend le MEDEF dire par l’intermédiaire d’Yvon Jacob qu’il ne s’agit pas d’une mesure phare, qu’il faut aller beaucoup plus loin. Ceci donne l’impression d’une stratégie mûrement calculée. Le MEDEF réclame une vraie flexibilité alors que la machine à précariser est en marche. Laurence Parisot a appris du passage du Baron Seillière à sa tête qu’il ne fallait pas afficher trop de proximités avec le gouvernement. Il vaut mieux faire la fine bouche devant une mesure même si elle va dans le sens que l’on souhaite pour ne pas gêner l’action du gouvernement.
Les journalistes libéraux comme Yves Messarovitch ne s’y trompent pas en argumentant sur le thème inverse : la flexibilité ne génère pas de la précarité bien au contraire dit-il. Ce sas vers l’emploi serait apprécié des jeunes salariés qui préfèrent un emploi précaire à un stage ou au chômage.
L’enquête Fiducial, à peu près la seule (avec une enquête IPSOS) qui fasse un premier bilan indépendant du CNE dit que 29% des embauches ont été faites en raison de la nature du contrat. Mais seuls 20% des postes sont des créations d’emplois sur un total de 250 000 postes. C'est un bon début disent les promoteurs de la mesure.
Notre lecture est différente. A contrario on peut affirmer que 80% des postes sont des effets d’aubaine pour des patrons qui savent très bien que le rapport de forces est en leur faveur. Qui peut croire un instant qu’un chômeur ou un stagiaire va faire la distinction entre un contrat ou un autre dans la mesure où personne ne lui explique ses droits et qu'on lui dit qu'il n'a pas le choix. L’absence de syndicats ou de représentants du personnel dans les petites entreprises conduit à l’acceptation de conditions du travail dégradées.
La vision politique de ces mesures ne doit pas cacher la seule vraie action d’envergure qui devrait pourtant occuper le gouvernement : la réduction globale du taux de chômage. Quelque soit le pays y compris aux Etats-Unis, le taux de chômage des jeunes est deux fois supérieur au chômage global. On réduira mécaniquement le nombre de jeunes au chômage en s’attaquant au problème principal de nos économies : le manque de croissance, causée par la langueur de la consommation et de l'investissement dans notre pays. Il ne suffit pas d'attendre le retour de la croissance, mais de la provoquer. Qui s'inquiéterait de perdre son emploi s'il était facile d'en retrouver ? Aujourd'hui, être chômeur, c'est quasiment tomber dans l'exclusion.
L'action politique est difficile et il ne s’agit pas d’avoir une vision manichéenne du problème du chômage des jeunes mais force est de constater qu’on facilite encore la tâche des dirigeants d’entreprise. En renforçant les effectifs comme variable d’ajustement de l’activité, sans demander de contreparties formelles sur la formation, l’accompagnement et le reclassement de ces nouveaux précaires, le gouvernement fragmente encore plus la société. On est loin de la sécurisation des parcours professionnels, notion empruntée à la gauche lors des voeux.
Qui parlait de fracture sociale ? Qui se disait l'héritier de Chirac ? Le Premier Ministre demandait à être jugé à ses actes concrets, non à ses discours. On sait maintenant à quoi s'en tenir.
