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janvier 2006

Sommet de la gauche

Les Verts ont annoncé qu'ils ne se rendront pas à la réunion unitaire de la gauche prévue le 8 février, "qui se réduirait en l’état à la reconstitution de l’ancienne gauche plurielle", "sans méthode ni projet".

Ah l'union est un combat. Pour qui roulent les Verts ? Elle s'annonce difficile la réunion prévue par F. Hollande le lendemain de la grande manif des jeunes et des syndicats - qu'on espère - contre le CPE.

A force de ne vouloir parler de rien, de rester dans le flou et de ne fâcher personne, on tombe sur le néant. Il serait temps de clarifier les choses, hein Flamby ? Comment vas tu gérer ces alliés turbulents ?


Mimine est morte

Notre petite chatte persane est partie aujourd'hui à 13 ans. Hermine c'était son nom. Elle remuait joyeusement la queue si on appelait "Mimine !" On s'y attendait depuis nos dernières visites chez le véto qui tentait de la soulager avec de la cortisone. Depuis trois jours, elle ne mangeait presque plus, buvait à peine quoiqu'on fasse pour l'obliger. Elle toujours si vivante et drôle, la tête dressée à la moindre vue d'un oiseau ou d'un matou, restait dans son panier, bougeant très peu, ne miaulant pas, allongée comme sur la photo. Aujourd'hui vers midi, elle a miaulé tout à coup, un cri plaintif comme pour prévenir que le moment était venu. Le temps pour mon épouse de la prendre dans ses bras pour la câliner, mon fils qui a vécu trés proche d'elle, a couru venir la caresser, lui dire quelques mots et elle a cessé de respirer comme enfin apaisée. Quand sur un coup de fil j'ai appris comment ça s'était passé, j'ai pleuré comme un gosse. Je pleure encore. Ca me fait beaucoup de peine.

Au paradis des chats, dans un beau nuage tout blanc, j'espère que tu as ta place, Mimine. Adieu ma toute belle. Merci de tout le bonheur et l'amour que tu nous as donnés. Tu es dans notre coeur pour toujours.

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Le net mobilisé sur le CPE

Le Monde fait état du débat lancé sur le net pour ou contre le CPE.

La plupart des sites Internet de syndicats étudiants et lycéens : l'UNEF (le principal syndicat étudiant), la FAGE (Fédération des associations générales étudiantes), la Confédération étudiante, la FIDL, l'UNL (deux syndicats lycéens)... sont contre le projet de loi.

Pour l'instant un seul site fraîchement créé s'affiche pour le CPE : la tribu CPE. Dans le jargon des universités et de certaines grandes écoles, l'appellation tribu signifie des groupes de jeunes étudiants branchés, plutôt aisés. Ils ne craignent visiblement pas la précarité.

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Le débat sur le CPE sera capital.

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Quand on est peu qualifié, on a déjà un contrat majoritairement précaire : CDD ou intérim. On ne voit pas en quoi un contrat encore plus précaire pourrait faciliter l'accès au marché du travail. Les employeurs ont déjà les moyens de flexibiliser l'emploi. Pour créer un nombre d'emplois supplémentaires incertain, on rend l'ensemble des salariés encore plus inquiet pour son avenir.

Analysons en quelques mots les conséquences d'une généralisation de ce contrat et de la précarité

On peut imaginer qu’arrivée à un certain point de rupture, la confiance des ménages fragilisée est susceptible d'entraîner une baisse de la consommation, voire générer un excès d'épargne de précaution favorable aux placements financiers. La croissance pourrait en pâtir et réduire à néant toute relance de l'économie seule solution structurelle pour la création d'emplois et la réduction des déficits publics.

La flexibilité accrue peut être un frein à l'économie et donc s'avérer totalement contre-productif en termes d'emplois. Parmi les agents économiques, les seuls gagnants à court terme seraient les entreprises bénéficiant d’une main d’œuvre plus souple et destinataires d’afflux de capitaux liés à une épargne croissante. L’état et les ménages (salariés et consommateurs) vont financer cette répartition inéquitable de la valeur ajoutée.

Le pari des libéraux est que l’investissement des entreprises va finir par stimuler la croissance puis les profits et enfin les emplois de demain. Ce cercle vertueux n’a de sens que si le paradigme de départ se vérifie, à savoir que l’investissement productif se fasse dans notre pays et non dans des pays à forte densité de main d’œuvre et à forte croissance comme la Chine ou l’Inde. Paradoxalement, les salariés français et plus largement européens pourraient dans ce schéma contribuer à la destruction de leur propre emploi, d’où l’importance de l’attractivité de la France au niveau des capitaux.

On imagine aisément que ce chemin libéral parsemé d'embuches, de pièges et de risques ne devrait pas obtenir l'aval d'une majorité de nos concitoyens une fois que le débat aura mûri. La mobilisation à venir des jeunes et des syndicats sera décisive à plus d'un titre.


DSK Proposition 3 : création d’une agence de réindustrialisation

Le capital est mobile, le travail beaucoup moins, les territoires pas du tout.

Comment faire en sorte de maintenir le capital chez nous quand la rémunération du capital est meilleure ailleurs ?

En prenant partiellement ou totalement le contrôle de ce capital. C'est ça la nationalisation temporaire. L'Etat l'a fait récemment pour Alstom sous couvert d'une présence temporaire pour ne pas déroger aux règles de l'Union. C'est donc tout à fait possible. Sans compter le mécanisme des subventions publiques qui font débat que ce soit pour la PAC face aux pays du Sud ou Airbus face à Boeing.

Dans le cas d'Alstom ce fut fait pour cause de mauvaise gestion d'un entrepreneur privé, pas pour concurrence déloyale. Le prestige du TGV, les grands travaux d'infrastructures, l'intérêt stratégique ont été mis en avant mais finalement on est allé au secours d'un canard boiteux mal géré.

Pour moi, l'efficacité n'est pas une question public-privé. On peut être mauvais partout. La seule différence c'est que dans le privé on fait faillite.

Donc d'accord pour une agence nationale de ré industrialisation et les nationalisations temporaires. Le Japon s'est sorti de 10 ans de déflation par une intervention massive de l'Etat en plusieurs plans successifs de soutien aux entreprises et aux banques. Ce qui a fait dire que le Japon était la dernière économie socialiste du monde, les banques étant de fait nationalisées. On en est loin en France, le capital va ou il veut, finance qui il veut.

C'est du volontarisme politique. L'Etat ne peut pas tout, mais l'Etat peut beaucoup. Il faut juste se dire que ça prend du temps et demande du courage.

 


DSK Proposition 2 : La lutte contre la société précaire.

Taxer le travail précaire, c'est bien ce que demandaient les syndicats lors des dernières discussions sur le financement de l'Unedic.

Voilà une proposition qui va tout à fait dans le bon sens. Le nombre de travailleurs a augmenté d'un milliard dans le monde du fait du réveil de la Chine et de l'Inde sur les marchés. DSK l'a fort bien exposé dans son passage à l'émission de Canal+.

Le problème de la mondialisation est qu'il y a maintenant beaucoup plus de travail disponible que de capital prêt à s'investir dans de nouvelles activités. Le prix du travail baisse ou stagne dans nos pays. Pourquoi ajouter en plus de la précarité en créant des sous-emplois ? Il n'y a aucune raison de subventionner le travail précaire et donc de tirer vers le bas nos systèmes de protection sociale comme le fait le gouvernement avec le CPE.

Rien n'empêche aujourd'hui un employeur de licencier quiconque en France, quelque soit le contrat de travail. Il faut juste un motif légitime qui ne soit pas l'arbitraire du patron à tout moment. Pouvoir licencier sans motif, il faut que ça coûte plus cher. C'est la proposition de DSK qui techniquement est la meilleure car elle tape en plein dans la "bottom line" celle du bénéfice net d'impôts, qui est la seule chose que regardent les actionnaires puisque c'est sur ce montant qu'on leur affecte leurs dividendes.

 


DSK Proposition 1 : la garantie permanente d’activité.

La sécurité sociale professionnelle est peut être la meilleure idée de la gauche depuis 10 ans.

"C’est tout l’enjeu de la réflexion sur la « sécurisation des parcours professionnels ». Il y a trois axes :

- Gérer la transition. La logique ne doit plus être l’indemnisation passive mais le reclassement actif : bilan de compétences, soutien psychologique et soutien matériel pérenne jusqu’à l’accès à un nouvel emploi.

- Investir dans la formation professionnelle. Elle doit systématiquement aboutir à un diplôme reconnu sur le marché du travail. Dans le cas d’ouvriers spécialisés, une formation appropriée et efficace doit permettre à chacun de redéployer sa qualification dans un domaine connexe, sur une machine nécessitant un savoir-faire voisin.

- Créer un nouveau droit : la formation tout au long de la vie. Chaque citoyen a droit à un capital formation de durée égale. Ceux qui n’en ont pas bénéficié au moment de la formation initiale, parce qu’ils ont quitté tôt l’école, ont un « droit de tirage ultérieur ». Ils doivent pouvoir bénéficier d’une formation professionnelle gratuite, avec maintien de leur salaire et de leurs droits à pension pendant la durée de la formation."

Ceci est un extrait de la contribution de Laurent Baumel au dernier Congrès qui résumé bien à mon avis ce qu'on peut attendre de cette proposition.


DSK propose

DSK propose de discuter sur son blog des 15 premières solutions qu'il apporte comme contribution au futur projet socialiste. Une note par proposition qui transforme son blog en un forum citoyen.

Nul doute que la blogosphère politique va réagir de manière partagée à cette démarche. Comme c'est naturel il y aura des supporters inconditionnels, des critiques, des mitigés, des opposants ... peu importe l'essentiel étant que le débat s'organise.

L'intérêt de la démarche sera dans le temps qui vient de vérifier que les propositions, amendements, suggestions viendront réellement modifier la position de l'homme politique, auquel cas on aurait un exercice passionnant d'échange et de démocratie. Un champ nouveau d'expression de la volonté des citoyens. La blogosphère a ceci d'excitant qu'on pourra suivre la réalité du phénomène et tracer son évolution. Un exemple qui en cas de succès sera suivi inéluctablement par les autres hommes politiques. Dans le monde de l'internet, l'important c'est d'être le premier.

On peut imaginer ou espérer que les citoyens se voudront force de propositions. Tous ne voudront pas écrire, mais tous pourront lire en "invisibles" et s'ils s'en sentent le courage exprimer en deux ou trois mots leur accord ou désaccord.

Et si les propositions suivantes comme je l'imagine viennent enrichir l'espace de discussion, j'espère que l'intérêt des médias se reportera enfin des personnes vers les idées. En attendant de désigner celui ou celle qui les portera à gauche.


Autres réflexions sur le CPE

Le rapport Camdessus préconisait la création d'un contrat de travail unique dont la protection s'affirmerait avec le temps, et par corollaire la suppression de tous les CDI, CDD, CES, CNE, CPE, CTP, ... que l'administration s'ingénie à inventer.

En France on sait créer des impôts et des contrats de travail, pas mal non pour un pays dont on critique la faiblesse de l'innovation ? ;-)

Pour rester sérieux, ce qui se met en place c'est la hiérarchisation des contrats de travail et de leurs statuts. Les nouveaux entrants sur le marché du travail auront désormais moins de droits que les personnes en poste. La précarisation sera la règle en début de carrière, sauf pour des profils très qualifiés ou rares.

La très bonne idée du contrat unique réside dans le fait qu'elle fait une part équitable à la sécurité et à la souplesse. Qu'est ce qui manque si ce n'est de la visibilité pour les acteurs économiques aujourd'hui ? Un salarié jeune qui débute mais qui sait qu'il emmagasine des droits pour le futur est dans la même position qu'un salarié qui sait qu'il cotise pour sa retraite, il sait qu'il a un avenir, et il accepte une certaine précarité immédiate. Il ne la ressent pas comme injuste. De même le chef d’entreprise sait quand il choisit un salarié, le niveau de protection et de droits qu’il va offrir au salarié, et s’il veut attirer les meilleurs, il devra offrir plus. S’il cherche uniquement des travailleurs précaires et peu qualifiés, il prendra des jeunes, mais il aura à les former.

Le drame de ces nouveaux contrats c'est qu'ils n'accordent aucun espoir au delà du contrat présent. Tout est à refaire à chaque fois, et le seul qui décide c'est le chef d'entreprise.

La difficulté est dans le dosage car le principe de substitution joue à plein dans le cas des CNE/CPE. Avec un contrat unique, les jeunes non qualifiés auraient des situations précaires mais provisoires. Il ne s'agit pas d'exclure les "vieux" du marché du travail, par des effets pervers comme la cotisation Delalande et c’est pourquoi des études d’impact préalables à la généralisation et la réunion de tous les acteurs sont nécessaires. Rien n’est simple en la matière, mais c’est la piste de réflexion que je privilégierai en l’absence d’une conjoncture économique favorable qui reste la meilleure solution au partage du travail.

Echanger de la sécurité contre de la flexibilité peut être une bonne solution uniquement si on donne l’espoir d’un avenir meilleur.