Le rapport Camdessus préconisait la création d'un contrat de travail unique dont la protection s'affirmerait avec le temps, et par corollaire la suppression de tous les CDI, CDD, CES, CNE, CPE, CTP, ... que l'administration s'ingénie à inventer.
En France on sait créer des impôts et des contrats de travail, pas mal non pour un pays dont on critique la faiblesse de l'innovation ? ;-)
Pour rester sérieux, ce qui se met en place c'est la hiérarchisation des contrats de travail et de leurs statuts. Les nouveaux entrants sur le marché du travail auront désormais moins de droits que les personnes en poste. La précarisation sera la règle en début de carrière, sauf pour des profils très qualifiés ou rares.
La très bonne idée du contrat unique réside dans le fait qu'elle fait une part équitable à la sécurité et à la souplesse. Qu'est ce qui manque si ce n'est de la visibilité pour les acteurs économiques aujourd'hui ? Un salarié jeune qui débute mais qui sait qu'il emmagasine des droits pour le futur est dans la même position qu'un salarié qui sait qu'il cotise pour sa retraite, il sait qu'il a un avenir, et il accepte une certaine précarité immédiate. Il ne la ressent pas comme injuste. De même le chef d’entreprise sait quand il choisit un salarié, le niveau de protection et de droits qu’il va offrir au salarié, et s’il veut attirer les meilleurs, il devra offrir plus. S’il cherche uniquement des travailleurs précaires et peu qualifiés, il prendra des jeunes, mais il aura à les former.
Le drame de ces nouveaux contrats c'est qu'ils n'accordent aucun espoir au delà du contrat présent. Tout est à refaire à chaque fois, et le seul qui décide c'est le chef d'entreprise.
La difficulté est dans le dosage car le principe de substitution joue à plein dans le cas des CNE/CPE. Avec un contrat unique, les jeunes non qualifiés auraient des situations précaires mais provisoires. Il ne s'agit pas d'exclure les "vieux" du marché du travail, par des effets pervers comme la cotisation Delalande et c’est pourquoi des études d’impact préalables à la généralisation et la réunion de tous les acteurs sont nécessaires. Rien n’est simple en la matière, mais c’est la piste de réflexion que je privilégierai en l’absence d’une conjoncture économique favorable qui reste la meilleure solution au partage du travail.
Echanger de la sécurité contre de la flexibilité peut être une bonne solution uniquement si on donne l’espoir d’un avenir meilleur.
La sécurité sociale professionnelle est peut être la meilleure idée de la gauche depuis 10 ans.
"C’est tout l’enjeu de la réflexion sur la « sécurisation des parcours professionnels ». Il y a trois axes :
- Gérer la transition. La logique ne doit plus être l’indemnisation passive mais le reclassement actif : bilan de compétences, soutien psychologique et soutien matériel pérenne jusqu’à l’accès à un nouvel emploi.
- Investir dans la formation professionnelle. Elle doit systématiquement aboutir à un diplôme reconnu sur le marché du travail. Dans le cas d’ouvriers spécialisés, une formation appropriée et efficace doit permettre à chacun de redéployer sa qualification dans un domaine connexe, sur une machine nécessitant un savoir-faire voisin.
- Créer un nouveau droit : la formation tout au long de la vie. Chaque citoyen a droit à un capital formation de durée égale. Ceux qui n’en ont pas bénéficié au moment de la formation initiale, parce qu’ils ont quitté tôt l’école, ont un « droit de tirage ultérieur ». Ils doivent pouvoir bénéficier d’une formation professionnelle gratuite, avec maintien de leur salaire et de leurs droits à pension pendant la durée de la formation."
Ceci est un extrait de la contribution de Laurent Baumel au dernier Congrès qui résumé bien à mon avis ce qu'on peut attendre de cette proposition.