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décembre 2005

Chirac et son boulot d'il y a 10 ans

Les 31 décembre du président de la République

Tant pis, je m'étais dit "on ne parle plus de Chirac", mais Le Figaro qui publie ces lignes m'oblige à faire un bilan des années Chirac. Voici un extrait de ses déclarations passées et mes coups de griffe.

1995 : le temps de la rigueur. Grèves, manifestations : décembre a été agité. Le chef de l'Etat reconnaît que «cette crise a pu éveiller chez certains quelques doutes par rapport aux espoirs que mon élection a fait naître». Puis il justifie ce «tournant de la rigueur» : «C'est au nom de l'emploi que nous remettons nos finances publiques en ordre.»

Emploi, finances publiques : 10 ans déjà, 10 ans pour quoi ? Et Juppé, le "meilleur d'entre nous" droit dans ses bottes. Dire qu'on a eu le meilleur à droite ...

1996 : la nécessaire modernisation. «Il n'est pas facile d'adapter la France à son temps», dit le président de la République en dénonçant «les conservatismes et les blocages qui existent ici ou là». Mais «la France change, la France se modernise, les Français se mobilisent».

Pas faciles à tondre les français : dissolvez moi ce peuple ! Non Villepin a eu une intuition géniale, voilà une meilleure idée, : et si on dissolvait l'Assemblée ? Les Français vont se mobiliser, ça c'est sûr.

1997 : la cohabitation. «Une nouvelle majorité a été élue.» Jacques Chirac explique son nouveau rôle face à Lionel Jospin. «J'interviendrai chaque fois que les intérêts de la nation seront en jeu pour vous dire ce que je crois être bon pour les Français ou, au contraire, dangereux pour la France.»

Un nouveau rôle de roi fainéant qui lui va comme un gant. A la fois arbitre et 12ème homme de l'équipe d'en face. Normal la Coupe du Monde se profile.

1998 : humaniser la mondialisation. Jacques Chirac évoque «des souvenirs forts», la Coupe du monde de football, puis consacre l'essentiel de ses voeux aux questions internationales. La mondialisation, notamment, qu'il souhaite «humaniser, civiliser».

Chirac en posture de CHE "plus altermondialiste que moi tu meurs". La croissance est revenue, la France est optimiste, elle est championne du monde !

1999 : le siècle de l'éthique. Le président est fier de «l'exceptionnel élan de solidarité» manifesté par les Français face à la tempête ou à la marée noire. Il mentionne aussi «l'importance du rôle de l'Etat dans notre société». A quelques heures de l'an 2000, Jacques Chirac estime que «le XXIe siècle doit être le siècle de l'éthique». 

Ethique. Alors là je reste coi. Vous avez dit "éthique" ?

2000 : le dialogue républicain. Jacques Chirac souhaite que 2001 soit «une année utile». «Il faut faire dès maintenant les réformes qui préparent l'avenir, celles que beaucoup de nos voisins ont déjà faites.» Alors que la course à l'Elysée se profile entre le premier ministre, Lionel Jospin, et lui, il déclare : «Ne laissons jamais abaisser le dialogue républicain

Utile ? Soit il n'a plus personne pour lui écrire ses discours soit le disque est rayé. Prémonitoire : la dernière phrase visait déjà Sarkozy ou je me trompe ?

2001 : les réformes. «Dans quelques heures, nous allons vivre un moment historique» : l'arrivée de l'euro. Le président, futur candidat à sa succession, souhaite encore de «grandes réformes» et se pose en rassembleur : «La cohésion nationale est essentielle

Historique : encore une prémonition mais pas pour l'euro, pour le 1er tour des élections présidentielles. Quel visionnaire quand même. Une cohésion à 82 % ...

2002 : le pacte français. «Année du sursaut républicain», «du rassemblement» et «du changement». Parmi les réformes urgentes, celle des retraites : «Ce serait un grand péril de ne pas la faire.» Et la décentralisation, la sauvegarde du système de santé et le renouveau de l'école. «Une année d'action résolue et équitable», fondée sur le «pacte français».

Soyons justes : peut-être la meilleure année, à cause du traumatisme électoral, le gouvernement procède à des réformes - partielles certes - mais nécessaires. A l'époque le modèle social s'appelait le pacte français ... mais l'économie se remet à décliner.

2003 : mobilisation pour l'emploi. Le chômage (+ 6% en un an) est redevenu la préoccupation numéro un des Français. L'heure est donc à «la mobilisation pour l'emploi», l'urgence est de «passer à la vitesse supérieure».

"Des mots, toujours des mots, rien que des mots" chantait Dalida ... Le disque se raye de plus en plus.

2004 : cap sur l'Europe. Chirac surprend en annonçant que le référendum pour ratifier le projet de Constitution européenne serait organisé «avant l'été». Sans aborder spécifiquement la question turque, il affirme que le référendum «ne devra être altéré ou détourné par aucune autre considération». Alors qu'il avait fait de 2004 une «année de mobilisation pour l'emploi», il estime par ailleurs que la stabilisation du chômage n'est pas un résultat «suffisant».

Et 20 régions de perdues on n'en dit mot ? Mauvais signe pourtant. On garde Raffarin. On n'écoute plus les français qui vont se venger encore plus fort. L'incantation a définitivement remplacé l'action. "Je ne vous comprends pas" Voilà la phrase qui explique tout le drame de ces 10 ans : Chirac n'a pas compris les français. N'est pas De Gaulle qui veut.


Pétition contre l'article 4

PARIS (AP) -- Le député socialiste Dominique Strauss-Kahn a fait porter vendredi au président Jacques Chirac la liste de plus de 42.000 signataires de la pétition pour l'abrogation de l'article 4 de la loi du 23 février 2005, qui évoque le "rôle positif" de la colonisation, selon un communiqué.
Lors d'une conférence de presse le 15 décembre dernier, M. Strauss-Kahn avait demandé à Jacques Chirac d'annoncer au pays lors de ses voeux du 31 décembre qu'il ferait abroger ce texte.
La pétition lancée le 9 décembre avait recueilli vendredi 43.122 signatures.
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Bravo à DSK pour avoir lancé l'initiative !

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Voilà une bonne action pour l'union de la gauche en cette fin d'année.

PS (évidemment) : non je ne suis pas adepte du grand soir mais j'ai trouvé que l'image était jolie ...


Combler la vraie fracture sociale

Le seul vrai fossé est entre les élites et les populations. C'est celui là qui est dangereux et qu'il faut combler disait Hubert Vedrine dans le Nouvel Obs du 7 juillet 2005.

Il évoquait la nouvelle philosophie européenne à mettre en oeuvre après le non au TCE, qui n'a pas toujours pas fini de traumatiser les élites. Il soulignait le besoin d'obtenir le soutien des peuples dans toute construction et toute avancée. Et il avancait quelques idées simples mais pleines de bon sens.

  • Ne plus parler de modèle social à préserver à tout prix mais s'inspirer dans tous les domaines de ce qui fonctionne bien ailleurs.
  • Ne plus parler du Projet européen mais des projets pragmatiques et réalisables à court terme. Renforcer le budget européen est une obligation que nos gouvernants n'assument pas. De ce point de vue le dernier débat budgétaire est une régression.
  • Adopter la technique des petits pas prudents qu'un convalescent doit adopter pour éviter la rechute. Procéder par petites touches c'est par exemple avoir recours aux coopérations renforcées en avancant sur les dossiers en petits groupes de pays.
  • L'ambition institutionnelle viendra plus tard mais il faut arrêter de rêver à une Europe fédérale. Les français n'en veulent pas. Ils ont besoin de proximité et qu'on s'occupe de leurs problèmes concrets.

Nous en sommes réduits là mais c'est la seule solution pour espérer avancer. Il faut redonner confiance et goût pour la construction européenne.

Jean Poperen s'il était encore parmi nous aurait grogné "il n'y a pas beaucoup de grand dessein là dedans", comme il l'avait dit pour le programme de politique générale de Michel Rocard fraichement nommé 1er ministre. Et d'ailleurs Rocard n'est jamais devenu président. Mais dans une France qui doute d'elle même, la stratégie d'adaptation en douceur ou réformisme ne doit-elle pas l'emporter sur les stratégies de rupture ou de résistance qui se sont affrontées en mai dernier ? Avec comme seul résultat : immobiliser l'Europe dans un monde qui évolue de plus en plus vite.

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Tous ces débats et bien d'autres sont extrêmement bien abordés dans le livre d'Eric Le Boucher "Economiquement incorrect".

 

A lire absolument.


Les enjeux de 2007 ...

LES ATTITUDES IDÉOLOGIQUES SELON LES GRANDS DOSSIERS




QUESTION : De quelle famille politique vous sentez-vous le plus proche lorsque l'on évoque les questions relatives ?

  % L'extrême Gauche / La Gauche L'extrême Gauche La Gauche La Droite / L'Extrême Droite La Droite L'extrême Droite Ne se pronon-cent pas
… à l'immigration 100 44 4 40 45 38 7 11
… à l'emploi 100 50 3 47 36 34 2 14
… à l'insécurité 100 39 3 36 51 45 6 10
… au modèle social 100 53 3 50 35 33 2 12

 

Extrait de Sondage exclusif CSA / Marianne le 23 novembre 2005

Voilà qui met en évidence un clivage idéologique toujours aussi marqué. L'issue des élections sera fortement dépendante des thèmes prioritaires chez les français en 2007. Si l'emploi et le modèle social sont au centre des débats, la gauche sera sur son terrain de prédilection. 

En 2002 on sait ce qu'il en est advenu

 

 

 


Des primaires au PS. Une solution pour lutter contre le déficit démocratique ?

Il n'est de secret pour personne qu'au Parti Socialiste, on ne manque pas de candidats à la candidature pour 2007. Oui mais les idées nous dit-on ?

Les idées ? Ce n'est pas parce que la plupart des médias, intoxiqués par une doxa de droite, distillent le message d'une absence de projet que rien ne se passe à gauche. Les médias nous font injure quand ils feignent de ne pas voir dans la motion de synthèse du Mans le fil directeur d'un projet. Mais ne nous trompons pas, nous sommes les premiers responsables. La tâche d'explication et de pédagogie est de notre ressort. Comme pour le Traité Constitutionnel Européen, ce n'est pas le peuple qui n'a rien compris, ce sont avant tout les dirigeants, les experts, nos fameuses élites qui n'ont pas su expliquer et convaincre. La facture du déficit démocratique a été payée comptant par l'Europe politique. Ne commettons pas deux fois la même erreur. La pente serait encore plus dure à remonter.

Pour trancher le noeud gordien du problème des candidats il y a un nouveau sujet de réflexion à gauche, le serpent de mer des primaires. De quoi parle t-on ? Au delà de mythiques primaires entre tous les partis de gauche et d'extrême gauche auxquelles je ne crois guère, il s'agit d'ouvrir aux sympathisants de la gauche modérée le droit de désigner notre candidat. Pourquoi pas une consultation avec les électeurs des socialistes, des verts et des radicaux de gauche... ? Choix courageux et audacieux s'il en est, difficilement praticable mais pétri d'avantages. D'abord celui de donner une légitimité incontestable à un leader qui se nourrirait de cette dynamique. Celui ou celle qui sortirait vainqueur de cette compétition sera extrêmement fort. Ensuite éviter le risque de voir se renouveler la catastrophe de 2002. Enfin et pourquoi le nier, renforcer le PS comme parti novateur qui proposera légitimement une ligne réformiste aux autres partis de gauche. Qui pourrait encore douter que nous ne tirons pas ainsi la leçon des votes du 21 avril 2002 et du 29 mai 2005 ? Nous avons payé trés cher la désunion et le manque d'écoute de notre base électorale. On ne fait pas le bonheur des gens contre leur gré.

J'entends d'avance l'objection qui suit : qu'est ce qui est plus important : l'homme (ou la femme) ou les idées ? La tradition socialiste privilégie les idées, le travail collectif, on n'y aime pas trop les têtes qui dépassent. Mais là l'enjeu est trop important : nous devons gagner en 2007. La droite saccage le pays économiquement, socialement, et pire moralement. Que sont devenues les valeurs de la République ? Tout ou presque est à reconstruire : le lien social, nos institutions, la qualité de vie, le vivre ensemble. La droite dit qu'elle fait bouger les lignes, en fait elle franchit les lignes de démarcation. Laissons les Sarkozy, Raoult, Vanneste, Luca, et autres dériver, on ne risque plus de les confondre avec nous. Il n'y a guère que Villepin à nager en eaux troubles radico-chiraquiennes. Nous avons tout à gagner à réformer nos pratiques démocratiques avant tous les autres. Qui est le parti du progrès ?

Le leader qui serait choisi dans nos rangs sera naturellement le porteur de nos idées et de la plateforme qui s'est dessinée au Mans. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas parallèlement affiner le projet et mener à bien cette révolution des primaires. Car il s'agirait bien d'une révolution. Les objections de logistique et d'organisation sont à prendre en compte mais peuvent être surmontées. Comment faire en pratique ? S'inscrire sur une liste électorale et signer un engagement sur l'honneur de soutenir le projet. Demander une cotisation symbolique comme en Italie, pour couvrir les frais, mobiliser les mairies amies. Un scrutin à deux tours comme dans les statuts du PS à organiser pour l'automne 2006, le projet étant alors déjà connu. On éviterait ainsi la critique faite à nos amis italiens qui se sont prononcés sur un homme avant de s'accorder sur un programme.

Les autres partis de gauche finiraient par s'y rallier. Aujourd'hui qui ne voit pas venir la surenchère qui s'annonce avec le PC, les Verts sans parler de ceux qui en notre sein même voudraient servir de passeurs à la LCR ? Le PC finira par comprendre que le flirt avec Besancenot ne mène nulle part mais s'entête pour l'heure ; les Verts voudront monnayer leurs futurs ralliements mais c'est de bonne guerre. Défendre des idées et désigner un leader est ce si utopique ? Je sais que certains peuvent craindre de voir une candidature non prisée des militants sortir vainqueur de cette consultation. Mais qui sait on pourrait avoir à trancher entre DSK ou Royal, Fabius ou Kouchner, Lang ou Bové ... au 2ème tour. De toute façon, pour continuer à rêver, pourquoi pas annoncer un ticket Président - Premier ministre, ou même présenter une équipe ministérielle, un vrai changement de notre République. Sans oublier le renforcement du rôle du Parlement qui fait partie du projet. Tout est sur la table, les modalités peuvent être discutées. Je prends le pari que si Berlusconi en Italie est renversé par Prodi en avril prochain, la question se posera avec encore plus de force.

A un moment donné, il faudra siffler la fin de la récréation. La stratégie de louvoiement aura ses limites. Le choc des primaires pourrait avoir cet effet de big bang salutaire pour une gauche qui ne peut pas compter sur le seul rejet de la droite pour s'imposer. Faute d'une dynamique positive le petit Nicolas qui clame haut et fort sa stratégie de rupture finirait par incarner le changement et l'emporter à la hussarde, entraînant le pays vers un avenir inconnu.

Ayons le courage de poser la question aux sympathisants car d'ores et déjà 44 % des électeurs du PS voudraient participer à cette consultation. Avec une telle proposition, on ne peut que faire naître l'espoir.

Pour ceux que ça interpelle je propose d'aller signer la pétition qu'organise le Nouvel Observateur sur son site.


Carton Rouge pour Eric Raoult

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Dans une interview à Minute, hebdomadaire d'extrême droite, le député déclare que "Clichy-sous-Bois fait honte à notre pays". Après la découverte d'une cache d'armes, il demande la "mise sous tutelle de la ville".

Il aurait mieux fait de se taire le député maire du Raincy. Toujours à faire la courte échelle au FN l'ancien militant étudiant d'extrême droite. Décidément pas trés subtiles et intelligentes ses prises de position. Rejeter sur Claude Dilain, le maire socialiste de Clichy la responsabilité de l'Etat (rappelez moi qui contrôle et dirige la police nationale ?) c'est plus que ridicule, c'est insultant et provocateur. Il trouve sûrement qu'on ne parle pas assez de lui parmi les réacs de l'UMP. S'il cherche un responsable, qu'il fasse donc mettre Sarkozy sous tutelle à ce compte là.

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J'espère que lors des prochaines élections comme le député homophobe du Nord Vanneste, il se fera sanctionner par ses électeurs pour cette prise de position grotesque.

De toute façon, rien que le fait de donner une interview à Minute classe le personnage.