Les 31 décembre du président de la République
Tant pis, je m'étais dit "on ne parle plus de Chirac", mais Le Figaro qui publie ces lignes m'oblige à faire un bilan des années Chirac. Voici un extrait de ses déclarations passées et mes coups de griffe.
1995 : le temps de la rigueur. Grèves, manifestations : décembre a été agité. Le chef de l'Etat reconnaît que «cette crise a pu éveiller chez certains quelques doutes par rapport aux espoirs que mon élection a fait naître». Puis il justifie ce «tournant de la rigueur» : «C'est au nom de l'emploi que nous remettons nos finances publiques en ordre.»
Emploi, finances publiques : 10 ans déjà, 10 ans pour quoi ? Et Juppé, le "meilleur d'entre nous" droit dans ses bottes. Dire qu'on a eu le meilleur à droite ...
1996 : la nécessaire modernisation. «Il n'est pas facile d'adapter la France à son temps», dit le président de la République en dénonçant «les conservatismes et les blocages qui existent ici ou là». Mais «la France change, la France se modernise, les Français se mobilisent».
Pas faciles à tondre les français : dissolvez moi ce peuple ! Non Villepin a eu une intuition géniale, voilà une meilleure idée, : et si on dissolvait l'Assemblée ? Les Français vont se mobiliser, ça c'est sûr.
1997 : la cohabitation. «Une nouvelle majorité a été élue.» Jacques Chirac explique son nouveau rôle face à Lionel Jospin. «J'interviendrai chaque fois que les intérêts de la nation seront en jeu pour vous dire ce que je crois être bon pour les Français ou, au contraire, dangereux pour la France.»
Un nouveau rôle de roi fainéant qui lui va comme un gant. A la fois arbitre et 12ème homme de l'équipe d'en face. Normal la Coupe du Monde se profile.
1998 : humaniser la mondialisation. Jacques Chirac évoque «des souvenirs forts», la Coupe du monde de football, puis consacre l'essentiel de ses voeux aux questions internationales. La mondialisation, notamment, qu'il souhaite «humaniser, civiliser».
Chirac en posture de CHE "plus altermondialiste que moi tu meurs". La croissance est revenue, la France est optimiste, elle est championne du monde !
1999 : le siècle de l'éthique. Le président est fier de «l'exceptionnel élan de solidarité» manifesté par les Français face à la tempête ou à la marée noire. Il mentionne aussi «l'importance du rôle de l'Etat dans notre société». A quelques heures de l'an 2000, Jacques Chirac estime que «le XXIe siècle doit être le siècle de l'éthique».
Ethique. Alors là je reste coi. Vous avez dit "éthique" ?
2000 : le dialogue républicain. Jacques Chirac souhaite que 2001 soit «une année utile». «Il faut faire dès maintenant les réformes qui préparent l'avenir, celles que beaucoup de nos voisins ont déjà faites.» Alors que la course à l'Elysée se profile entre le premier ministre, Lionel Jospin, et lui, il déclare : «Ne laissons jamais abaisser le dialogue républicain.»
Utile ? Soit il n'a plus personne pour lui écrire ses discours soit le disque est rayé. Prémonitoire : la dernière phrase visait déjà Sarkozy ou je me trompe ?
2001 : les réformes. «Dans quelques heures, nous allons vivre un moment historique» : l'arrivée de l'euro. Le président, futur candidat à sa succession, souhaite encore de «grandes réformes» et se pose en rassembleur : «La cohésion nationale est essentielle.»
Historique : encore une prémonition mais pas pour l'euro, pour le 1er tour des élections présidentielles. Quel visionnaire quand même. Une cohésion à 82 % ...
2002 : le pacte français. «Année du sursaut républicain», «du rassemblement» et «du changement». Parmi les réformes urgentes, celle des retraites : «Ce serait un grand péril de ne pas la faire.» Et la décentralisation, la sauvegarde du système de santé et le renouveau de l'école. «Une année d'action résolue et équitable», fondée sur le «pacte français».
Soyons justes : peut-être la meilleure année, à cause du traumatisme électoral, le gouvernement procède à des réformes - partielles certes - mais nécessaires. A l'époque le modèle social s'appelait le pacte français ... mais l'économie se remet à décliner.
2003 : mobilisation pour l'emploi. Le chômage (+ 6% en un an) est redevenu la préoccupation numéro un des Français. L'heure est donc à «la mobilisation pour l'emploi», l'urgence est de «passer à la vitesse supérieure».
"Des mots, toujours des mots, rien que des mots" chantait Dalida ... Le disque se raye de plus en plus.
2004 : cap sur l'Europe. Chirac surprend en annonçant que le référendum pour ratifier le projet de Constitution européenne serait organisé «avant l'été». Sans aborder spécifiquement la question turque, il affirme que le référendum «ne devra être altéré ou détourné par aucune autre considération». Alors qu'il avait fait de 2004 une «année de mobilisation pour l'emploi», il estime par ailleurs que la stabilisation du chômage n'est pas un résultat «suffisant».
Et 20 régions de perdues on n'en dit mot ? Mauvais signe pourtant. On garde Raffarin. On n'écoute plus les français qui vont se venger encore plus fort. L'incantation a définitivement remplacé l'action. "Je ne vous comprends pas" Voilà la phrase qui explique tout le drame de ces 10 ans : Chirac n'a pas compris les français. N'est pas De Gaulle qui veut.
