Anticapitaliste moi ? Non.

En retrouvant il y a une heure ou deux mes vieux diplômes dans un tiroir je me suis fait une réflexion qui peut paraître incongrue. Faut-il faire confiance aux experts ou aux personnes de terrain ? Aux deux bien sûr ... Mais encore. Ma réflexion a ensuite un peu dérivé : faut-il combattre le capitalisme ou en accompagner l'évolution ... Quel est le rapport me direz vous ? De quoi il parle l'autre là ? Je sais, j'écris en même temps que je réfléchis. Je n'ai pas envie de développer ici une grande théorie sur la question mais de faire état de mon expérience personnelle et professionnelle.

Ma réflexion du samedi après midi en vaut bien une autre donc je la partage. Désolé si je suis par la suite un peu long mais j'écris autant pour moi, pour me fixer les idées que pour vous. Et puis personne n'est obligé de me lire. Bref.

Quand j'étais étudiant vers la fin des années 70 début des années 80, j'avais un vieux professeur d'économie à la fac de Sciences Eco de Nancy qui nous expliquait doctement que l'informatique était un secteur bouché. Qu'il était trop tard en 1980 pour y entrer car les grandes entreprises étaient déjà équipées et avaient déjà développé ou acquis des logiciels performants pour les décennies à venir. Le Cobol et le gros ordinateur IBM 370 régnaient en maîtres. Il nous disait - comme d'ailleurs mes profs de droit (Jack Lang entre autres)- de nous orienter vers le droit ou la comptabilité pour avoir une belle carrière. A défaut, de regarder du côté du secteur public. Mais que c'était moins bien rémunéré ce qui était et reste vrai.

Ayant intégré une école de commerce par la suite (l'ICN), j'ai eu d'autres profs plus jeunes et plus brillants (comme DSK eh oui) qui eux nous disaient d'étudier le marketing et la finance, voire la gestion de production. Aucun ne m'a incité à créer d'entreprise ou à travailler dans le domaine de la high tech et des télécoms. Pas vraiment convaincu, j'ai plutôt écouté l'exemple concret d'un type venu nous faire un speech à l'école sur les métiers d'ingénieur d'affaires en informatique (des vendeurs pour faire simple) et de développeur de logiciels (on appelait cela à l'époque l'analyse programmation). En résumé, j'ai préféré l'exemple de l'homme de terrain.

Pour être honnête, j'ai choisi la première voie (commercial dans le secteur informatique) parce que je n'étais pas assez matheux et introverti pour me résoudre à passer des heures à écrire du code et des algorithmes ou pondre des organigrammes. J'ai fait ce métier dans la high tech toute ma vie professionnelle durant et j'ai pu constater à quel point mes professeurs universitaires étaient déconnectés de la réalité et de bien piètres visionnaires. Toute ma vie j'ai été surpris par l'innovation exponentielle et les domaines d'applications multiples de la haute technologie que je proposais à mes clients. J'ai changé sans changer toute ma vie. Je n'ai pas changé de société mais j'ai changé de regard sur le monde dans mon métier ma vie durant. Les sociétés nouvelles, les nouveaux entrants qu'on n'appelait pas encore des start-ups, ont détrôné les IBM et compagnie qu'on pensait perchés éternellement au sommet de la hiérarchie. Beaucoup d'entreprises sont mortes ou ont périclité pendant que d'autres à l'instar des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) devenaient les nouveaux rois du monde numérique (vous l'aurez remarqué on ne parle plus d'informatique mais de numérique ou de digital). Tous les secteurs d'activité des entreprises (production, administration, vente, ...) ainsi que des collectivités et également le quotidien des particuliers (mobilité, comportements d'achat) ont été pénétrés par la digitalisation transformant littéralement le monde. Chaque geste le plus simple de la vie courante est dirigé par la high tech. Quelle transformation en à peine trente ans ... Plus profonde que la révolution industrielle du XiXème siècle. Nous vivons une époque formidable.

Aujourd'hui le plus simple smartphone du particulier contient dix fois ou cent fois plus de puissance, d'intelligence embarquée et de capacité de stockage que les plus gros ordinateurs de la NASA ou du Département de la Défense à qui on doit pourtant l'internet et la conquête de la Lune, de même que des armes de destruction massives plus dissuasives que la première bombe A. Le progrès technologique a irradié le coeur des activités humaines.

Avec le recul, il est facile de juger mal les anciens experts et les sachants - certains de mes professeurs - qui n'ont rien vu venir. Beaucoup ont eu tort de moquer les petits génies créatifs ou visionnaires qui ont bouleversé le monde en l'espace de quelques années. Les Larry Page, Sergei Brin, Steve Jobs, Mark Zuckerberg, Jeff Bezos ... ont souvent compris qu'il fallait être le premier sur un marché pour réussir, tant la capacité de compréhension et d'imitation est grande de par le monde, tant la force d'une idée peut transformer le monde à la vitesse de l'éclair. Ce qui prenait des dizaines d'années à réaliser peut être réalisé en très peu de temps à condition d'avoir la bonne idée en premier et de convaincre les détenteurs de capital (les capitalistes honnis) à financer l'innovation. Innovation qui profite certes beaucoup aux créateurs et aux financiers mais aussi à tous ceux qui s'en servent au quotidien. Qui veut revenir à l'encrier du stylo à plume de mes débuts ? Ou au Minitel. Ou au téléphone à clapets. Personne sauf quelques excentriques.

Evidemment il n'est pas question de nier les dysfonctionnements du capitalisme (qui n'est pas le libéralisme) notamment sur la question des inégalités et des atteintes à l'environnement, ou sur les excès de la financiarisation de l'économie. Tel n'est pas mon propos ici. mais quand on cherche une alternative au capitalisme, personnellement je n'en vois pas. La création détruit certes le monde ancien. Mais elle le régénère par la même occasion. Elle le propulse. La force du capitalisme n'est pas tant dans sa capacité à générer du profit qu'à savoir tirer parti de l'innovation et du progrès en faisant l'alliance du capital et du travail. On ne peut pas défendre le travail si on combat le capital. Voilà pourquoi je ne crois pas à la lutte des classes. Pourquoi je ne suis pas anticapitaliste. Il reste la question sociale pleine et entière à défendre me direz vous. Je le reconnais aisément mais pas pour en déduire une opposition stérile.

Le progressisme que je défends politiquement procède finalement de la même analyse schumpeterienne, la destruction créatrice source de progrès économique et social. Dans tous les cas, soyez heureux si vous doutez toujours, si vous abandonnez vos certitudes et si sans cesse vous vous posez des questions nouvelles. Bienvenue dans le nouveau monde. Le monde de Macron ? Oui. Aussi. Mais pas que.


La neige après la pluie ... et les con...tribuables râlent

Que dire si ce n'est que la météo occupe l'actualité. Bien plus que la politique. Les conversations tournent autour des difficultés de transport, du manque de réactivité et d'anticipation de l'Etat et des collectivités. Un vrai marronnier cette grogne des "usagers".

Il est vrai que beaucoup ont été coincés de longues heures dans les bouchons.

Mais bon certains n'étaient pas obligés d'être là.

J'entendais un de ces naufragés de la route râler contre l'Etat, ce fameux "ils" qui fait l'objet de tant de récriminations : "ils auraient pu prévoir", "ils n'ont rien fichu alors qu'ils savaient", "ils sont bien au chaud eux" ... L'autre, l'Etat, le fonctionnaire  est responsable, forcément.  Qu'on prenne son véhicule alors que les services de la météo nationale annoncent un "Episode neigeux notable et durable pouvant rendre les conditions de circulation très difficiles" me stupéfie. Le quidam en question explique benoîtement que puisque la météo l'avait annoncée, il pensait que les services publics auraient fait le nécessaire pour dégager les routes.

Ben oui mon con... tribuable, puisque tu aimes tant payer des impôts, il y a des parcs entiers de déneigeuses et de sableuses qui attendent tranquillement l'épisode neigeux une fois tous les cinq ans !!

Pénible.


Mon frère Michel est parti ... un immense chagrin.

Mon grand frère est parti il y a deux jours. Il avait 63 ans. Le chagrin est immense. J'avais beau savoir qu'il était gravement malade, que le répit n'existait pas vraiment, que la guérison était inenvisageable, j'espérais qu'il pourrait ... vivre longtemps. Comme je l'ai toujours connu, avec ses emportements et ses rires, son sens inouï de la famille et des enfants. Sa capacité à aider et protéger les siens. En réalité, un vrai chef de famille, un papa, un grand-père, un mari, un frère. Il a su tout faire admirablement.

Avec sa femme capable d'un dévouement inimaginable il a eu trois beaux enfants, magnifiques et d'une gentillesse à nulle autre pareil. Il est parti entouré de leur amour, de leur tendresse, de leurs mots apaisants comme des caresses. Une famille unie comme on en voit peu. Comme on en voudrait pour chacun. Il aura réussi sa vie même si elle aura été trop courte. Il a beaucoup donné et il a beaucoup reçu. Un grand coeur.

Dans mes souvenirs pourtant, mon grand frère m'en a fait voir quand j'étais petit. Il avait son caractère parfois excessif, ses convictions qui pouvaient tenir de l'obstination mais jamais il n'était méchant. De toute façon mon caractère un peu trop calme devait l'agacer plus qu'autre chose. Il voulait sans doute me bousculer pour que je réagisse car j'étais un peu trop différent de lui, si tempétueux par moments. Comme tous les caractères entiers, il parlait haut et fort, s'était forgé des idées fermes et définitives sur certains sujets, par exemple il détestait la religion et les curés. Je l'ai beaucoup regardé faire avec étonnement comme on regarde ses parents et ses aînés. Même si nous n'avions pas le même tempérament, nous nous ressemblions beaucoup physiquement, encore plus sur le tard. Parfois on m'a pris pour lui dans les réunions de famille en Moselle où moi même devenu parisien, j'assistais sans être reconnu comme le dernier de la fratrie. Et puis il a fait construire sa maison avec Marie-Grâce, il a eu des enfants fantastiques, Eric et Joël les garçons tous les deux de vrais artistes, et une fille, dont je suis le parrain, l’aînée, Maud, une fille géniale. 

Même si j'ai suivi mon chemin, il y a des choses que j'ai faites comme lui. Du foot par exemple. Il était plus fort que moi, plus sportif, plus doué pour ça. J'aurais sincèrement aimé avoir son talent de footballeur. On admirait Michel Platini tous les deux dont il partageait le prénom. 

Restant dans notre région natale, la Lorraine, encore vivace au temps de la sidérurgie, il a eu un parcours professionnel qui l'a fait progresser dans les échelons, grâce à ses talents naturels. N'aimant pas trop les études, il s'est fait lui même avec sa méthode, efficace, pragmatique, prouvant ses capacités à gérer des situations complexes, des équipes pas toujours faciles. Nous n'en parlions pas souvent mais je sais qu'il était attaché à son travail et y passait beaucoup de temps. Il m'a été rapporté que ses chefs l'appréciaient beaucoup et reconnaissaient ses qualités. Là encore il a réussi.

Mais tout cela n'est rien sans dire ce qu'il a fait pour moi au final : il m'a aidé bien sûr chaque fois qu'il l'a pu comme un frère mais plus essentiel il m'a sauvé la vie et c'est à la fois un drame immense et une source de gratitude. Il y a quelques années, il est tombé malade plus tôt que moi de ce cancer qui l'a emporté et m'a frappé aussi. Il m'a alerté de ne pas attendre avant de procéder à un traitement radical, que les médecins ne conseillaient pas forcément s'agissant d'une maladie à évolution lente. Grâce à lui, je n'ai pas attendu, j'ai demandé à être opéré. Nous avions physiquement les mêmes dispositions, la même anatomie, et sans doute les mêmes causes auraient elles produit les mêmes effets tragiques. Il a pris des mesures tardives pour lui qu'il m'a incité à prendre rapidement. Bref, il m'a sauvé d'un retard sans doute fatal.

Au delà de toutes les vicissitudes, mon frère était fondamentalement quelqu'un de bien. Un sacré bonhomme. Un cœur vivant. Il restera pour toujours dans ma mémoire. Au revoir Michel, je t'aime pour toujours.

 

 


Bientôt un autre rythme, une autre vie.

Je suis à un peu plus de deux mois de ma nouvelle vie. Une nouvelle étape commence. L'aspect matériel n'est pas un sujet mais l'aspect de liberté me plait énormément. Ne plus être obligé de vivre au rythme des autres. Choisir ses déplacements et son emploi du temps, les gens qu'on fréquente ... que souhaiter de mieux.

La question essentielle est de se créer un environnement propice. J'ai un bel appartement que j'espère étendre et embellir, c'est un point acquis. Il y a des possibilités de nouvelles activités et voyages avec mes proches. Je m'en réjouis d'avance.

Mais il y a la question de l'entourage. Des gens s'en vont que ce soit moi qui m'en sépare, ou que ce soient eux qui partent. Aussi bien professionnellement, qu'affectivement ou politiquement une forme de sélection s'opère. Je me sépare de personnes qui parfois n'ont fait que profiter sans rien donner ou presque, parfois ne partagent tout simplement pas mes centres d'intérêt ... Des personnes aussi qui politiquement sont éloignées de moi. Je n'ai pas de raison de laisser quiconque me pourrir la vie. Le masochisme n'est pas mon genre. Chacun suivra sa route et c'est mieux ainsi.

Je ne peux rien faire malheureusement contre les départs non voulus. Les problèmes de santé de mes proches s'accentuent. Je crains le pire par moments. Quelle triste année en perspective.

Enfin je ne m'attarderai pas sur les problèmes toxiques et les malheurs, je suis et reste un optimiste et un épicurien, un passionné du vaste monde sous toutes ses facettes. Il y a les plaisirs, les désirs et les rencontres. Les surprises aussi. J'en attends la meilleure part. Seront-elles au rendez vous de cette nouvelle vie ? Je ne sais pas. Surtout ne pas rêver. Enfin si un peu.


La vie se nourrit de batailles ... Vivement celle du référendum sur les institutions.

Il existe un challenge politique et personnel que je ne veux pas manquer. La future réforme constitutionnelle qui pourrait prendre le chemin du référendum. Le contexte s'y prête. Le premier mandat de Macron débute bien. Il s'affirme de jour en jour comme un homme  d'Etat dont nous pouvons être fiers collectivement et dont les réformes vont bien transformer le pays en profondeur. La promesse de renouvellement est donc tenue. Non pas le renouvellement pour le renouvellement. Mais un renouvellement qui permette à la France de retrouver sa place dans le concert des nations et aux nouvelles générations de reprendre leur vie en main. Il s'agit non seulement de réenclencher l'ascenseur social d'une part, le projet européen d'autre part mais aussi de faire en sorte que les citoyens croient de nouveau à l'action politique et aient confiance en leurs représentants.

Je ne suis pas sûr que nous allons y arriver sans efforts drastiques et sans opposition. Le rôle des nouveaux parlementaires est à cet égard essentiel.  La réforme constitutionnelle qui va venir sera décisive. Pour exemple la limitation des mandats dans le temps et la réduction du nombre de parlementaires sont des éléments clés. J'ose espérer que s'il y a blocage, le président saura recourir au référendum. Quel beau challenge que de réussir une telle tâche. On verra bien alors qui sont les conservateurs et qui sont les progressistes parmi les élus. Et aussi parmi les Français. Je m'attends à une bataille terrible à coup de mauvaise foi et d'arguments fallacieux. Pour autant j'attends ce moment avec gourmandise tant j'aime le temps des batailles politiques pour de justes causes ... Ce pourrait être un élément clé de la réélection du président que d'obtenir en cours de mandat une victoire contre les conservatismes ligués contre lui. Mais le danger est là également. Les opposants y verront une occasion de sanction contre la politique menée loin de la question posée. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Je pense que oui mais il faudra déminer le terrain auparavant en affirmant que le résultat du scrutin ne changera en rien la détermination du président à transformer le pays.

Une telle victoire contre les conservateurs et contre les populistes serait jouissive. Elle serait surtout bonne pour le pays. Que vienne la bataille !


Samuel Goldman : « Donald Trump est un président d’une extraordinaire faiblesse »

Samuel Goldman : « Donald Trump est un président d’une extraordinaire faiblesse »

En un an, Donald Trump n’a pas accompli grand-chose, mais il dispose d’un socle d’électeurs solide, explique Samuel Goldman, professeur de science politique à l’université George-Washington, dans un entretien.

LE MONDE |  | Propos recueillis par Marc-Olivier Bherer

Donald Trump à Washington DC, le 19 janvier.
Donald Trump à Washington DC, le 19 janvier. BRENDAN SMIALOWSKI / AFP

Samuel Goldman est professeur de science politique à l’université George-Washington (Washington DC), il dirige le Loeb Institute for Religious Freedom et les pages littéraires de la revue conservatrice Modern Age.

Qu’avez-vous pensé de la première année de Donald Trump au pouvoir ?

Au moment de son entrée en fonctions, j’ai cru qu’il saurait mieux se faire aimer. Traditionnellement, les présidents atteignent un sommet de popularité peu après leur arrivée à la Maison Blanche et les sondages leur restent favorables au cours de leur première année au pouvoir. Mais M. Trump n’a pas connu d’état de grâce. La proportion des électeurs qui se disent satisfaits de son travail oscille entre 35 % et 45 %.

De tels scores étaient cependant prévisibles, puisqu’ils correspondent à ceux enregistrés au cours de la campagne présidentielle. Les Américains se partagent toujours en trois blocs. Le premier tiers apprécie vraiment Trump, le deuxième l’a en aversion et le troisième se tient au centre, entre ces deux pôles. Trump s’est donc montré incapable de gagner les faveurs de ceux qui ne le soutenaient pas déjà au cours de la campagne. Il s’en tient à ce qu’il appelle sa « base ».

Cette base semble donc solide…

Ce qui est moins surprenant qu’on ne pourrait le croire. Les présidents les moins populaires, par exemple Richard Nixon au moment du Watergate ou Herbert Hoover aux premiers temps de la Grande Dépression, avaient la même proportion d’électeurs qui les soutenaient. Ainsi, à moins de révélations véritablement fracassantes, il semble très peu probable que Trump voit sa base s’éroder.

A votre avis, Donald Trump est-il un président fort ou faible ?

Il est un président d’une faiblesse extraordinaire. L’histoire de l’année qui vient de s’écouler est celle de son incapacité à pourvoir son administration en personnel, à fixer ses priorités politiques. En conséquence, le président n’a pas réussi à faire grand-chose. D’une certaine manière, il a gouverné comme un républicain conventionnel, moins par inclination ou stratégie que parce qu’il n’a pas d’objectifs précis. Il a donc dû s’en remettre aux idées républicaines et à une équipe formée de républicains, sans opérer la rupture qu’il souhaitait.

Trump reste-t-il un républicain au sens traditionnel ?

Non. Je crois au contraire qu’il doit son succès électoral à l’essoufflement du discours conservateur : les clichés sur la liberté et la responsabilité personnelle, qui se traduisent par la réduction des aides sociales, la baisse des impôts pour les plus riches, et la poursuite d’une politique étrangère hautement interventionniste. Donald Trump a fait campagne contre toutes ces choses, particulièrement contre la guerre en Irak. En termes de politique intérieure, Trump s’était opposé à une politique de l’offre. Toutefois, sa réforme fiscale, très avantageuse pour les plus riches, aurait aussi bien pu être conduite par Mitt Romney, candidat à la présidentielle de 2012, s’il avait été élu. Mais en tant que candidat, Trump paraissait prêt à en finir avec l’orthodoxie du Parti républicain.

Il doit donc composer avec les idées qui font consensus au sein du Parti républicain ?

Oui. Il découvre en effet comme tous les autres présidents, bien que le choc soit sans doute plus grand pour lui, parce qu’il ne connaît rien à l’art de gouverner, qu’il y a une grande différence entre faire campagne et exercer le pouvoir. Même si vous êtes le président, dire quelque chose ne suffit pas pour que cela ait force de loi. Il aurait fallu un président bien plus structuré pour opérer une réelle rupture avec le consensus à droite.

Néanmoins, il ne démord pas de son franc-parler et continue de s’exprimer avec vulgarité…

Encore une fois, il est utile de revenir à cette division de l’opinion publique américaine en trois groupes. Une large majorité d’Américains, et une majorité d’électeurs républicains, désapprouve les tweets de Donald Trump et souhaite qu’il arrête de communiquer de cette manière. Son style non conventionnel déplaît largement. Mais ses partisans adorent ce type de propos. Et c’est un élément central de ce qui fait sa popularité auprès d’eux. Trump aurait dit que ses commentaires sur le Nigeria et Haïti [qu’il aurait qualifiés de « pays de merde »plairaient à sa base. Il avait sans doute raison. Mais la question est : pourquoi cela leur plaît-il autant ?

LORSQUE LES PARTISANS DE TRUMP DISENT QU’ILS LE TROUVENT HONNÊTE OU FRANC, ILS NE DISENT PAS QU’ILS CROIENT QUE CE QU’IL DIT EST JUSTE

Je crois que deux facteurs sont en jeu. Le premier tient au fait que Trump se présente comme un combattant acharné prêt à outrepasser les normes existantes. Pour ses électeurs, cette indifférence est libératrice. Ils trouvent rafraîchissant son discours que l’on peut dire nationaliste, voire raciste, sans qu’ils ne soient nécessairement tous d’accord avec lui. Néanmoins, son ton les libère de normes langagières que Trump associe de manière réductrice à la rectitude politique.

Pour un journaliste, un professeur d’université, un homme politique, il n’est pas difficile de s’exprimer sans offenser qui que ce soit, parce que vous maîtrisez ces codes. Mais si vous n’êtes pas aussi à l’aise avec ce vocabulaire, il est beaucoup plus difficile de vous exprimer. Lorsque les partisans de Trump disent qu’ils le trouvent honnête, ou franc, ils ne disent pas qu’ils croient que ce qu’il dit est juste, mais qu’il dit ce qu’il pense. Et il y a un fort contraste entre ce type d’honnêteté et la retenue avec laquelle s’expriment généralement les responsables politiques. Ces derniers se contentent de lire une déclaration où chaque mot a été pesé puis soupesé. Face à tant de circonspection, Trump peut paraître très rafraîchissant.

Que devraient faire les conservateurs pour reconquérir les électeurs séduits par Trump ?

Les conservateurs doivent apprendre de Trump et de ses partisans. Ils doivent réfléchir aux raisons pour lesquelles leur discours ne convainc plus, notamment en matière de politique étrangère. La guerre en Irak a eu un effet dévastateur et a ruiné la crédibilité du Parti républicain et de l’intelligentsia conservatrice. Pour les électeurs qui ont voté pour Donald Trump, il ne faut plus jamais s’engager dans ce type d’intervention. A mon avis, rien de ce qu’il a fait jusqu’à présent n’est aussi dangereux et corrupteur que la guerre en Irak. S’il peut éviter d’ici à 2020 d’engager l’armée dans un conflit majeur à l’étranger, le pays pourra lui en être reconnaissant.

Lire aussi :   « La gauche américaine aurait tort de diaboliser Trump à outrance »

Un deuxième enjeu d’importance est l’immigration. Je n’y suis pas opposé comme certains des partisans du président, mais il faut aussi reconnaître que des contrôles plus stricts sont nécessaires. C’est ce que la majorité des Américains pense. Les démocrates et les républicains sont également d’accord sur ce sujet, sans parvenir à s’entendre. La colère qu’expriment les électeurs pro-Trump vient du fait qu’ils ont l’impression que rien ne change.

Comment les milieux conservateurs chrétiens réagissent-ils à la présidence de Trump ? Tout particulièrement les évangéliques ?

Ce que l’on appelait la « majorité morale » est en train de prendre conscience du fait qu’elle forme aujourd’hui une minorité. Au moment où ce mouvement prend son essor à la fin des années 1970, une majorité d’Américains était toujours pratiquante. Mais ce n’est plus vrai. Durant la campagne électorale, des études ont démontré que les Américains qui se disaient évangéliques, mais qui fréquentaient très peu, voire pas du tout, l’église, étaient de farouches partisans de Trump. Ceux qui étaient plus pratiquants étaient plus critiques à l’égard du candidat républicain.

Le passage d’une majorité à une minorité morale entraîne deux réactions. La première est incarnée par Jerry Falwell Jr, le fils du pasteur baptiste créateur du mouvement de la « majorité morale », qui revêt l’autorité de son père. Pour lui, cette minorité morale a besoin d’un défenseur, d’un champion. Il soutient donc Trump non parce qu’il est croyant, mais parce qu’il va protéger cette frange vulnérable. L’autre stratégie, adoptée par l’influent essayiste et blogueur Rod Dreher et des intellectuels chrétiens de la jeune génération, consiste à ne plus investir le débat politique afin de vivre en accord avec leur foi en se coupant du reste de la société.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/01/20/samuel-goldman-donald-trump-est-un-president-d-une-extraordinaire-faiblesse_5244412_3232.html#RRyXSfdugiWoGwcc.99


Une nouvelle année et un nouveau départ

L'année 2017 a été extraordinaire sur le plan politique en raison de la victoire fantastique d'Emmanuel Macron. L'année 2018 s'annonce maintenant riche et dense sur le plan personnel.

Je vais quitter mon employeur le 31 mars prochain. Ou plutôt il me quitte ... puisque je pars dans le cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi fruit d'une réorganisation qui touche toute l'entreprise mondialement. Dont un tiers de la filiale française où je travaille et où je suis élu au comité d'entreprise occupant le rôle de secrétaire du CE. Inutile d'épiloguer longuement sur cette restructuration, je n'ai jamais parlé en bien ou en mal de mon entreprise sur ce blog, ce n'est pas le moment de commencer. Une page qui aura duré trente trois ans se tourne, dont acte.

Ayant atteint mes soixante ans je ne suis pas pour autant au bout de mon parcours professionnel. Il s'en faut de deux ans si on parle de retraite. Et de bien plus si je repars vers autre chose. Comme je conserve une certaine énergie et envie de servir, je vais réfléchir à d'autres possibilités professionnelles et politiques. C'est néanmoins une fierté pour moi et une chance de ne jamais avoir connu le chômage. D'avoir été capable de traverser des plans sociaux à répétition et d'avoir réussi à travailler pour gagner ma vie certes avec des hauts et des bas mais en gardant toujours le moral. En même temps, le fait de ne jamais avoir touché le moindre centime d'indemnité publique en tant qu'élu me permet de dire que je n'ai jamais fait de la politique un métier ou un but d'argent bien qu'y ayant consacré un temps incroyable. La simple passion d'un militant de gauche engagé m'a suffi à connaître des bonheurs simples comme les victoires successives de Hollande et Macron. Autant ne se souvenir que des bons moments et des belles personnes.

Pour ce nouveau départ, je suis prêt à changer de vie sans crainte. Je vais simplement quitter une des casquettes professionnelles que je portais en sus des casquettes syndicale, politique, associative et  personnelle qui continuent à m'occuper. On verra bien ce qui sera prioritaire désormais. Je vais me donner le temps de la réflexion. Lire plus que ce que je n'ai fait depuis trop longtemps, pour me cultiver davantage. Et aussi préparer quelques voyages et rencontres que je n'ai pas pu faire. Penser à mes amis, à la famille et à la santé également. Que des choses simples en somme. Mais comme j'ai toujours été de nature optimiste, je regarde la suite avec confiance. Il n'y a que les problèmes de santé de mes parents, de mes proches, de mes amis et leur avenir qui me soucient beaucoup, mais ce n'est pas le lieu d'en parler. J'aurai plus de temps pour être présent, c'est aussi l'avantage de cette nouvelle étape qui s'ouvre. A suivre, la vie continue ...

 


La réforme fiscale sur de meilleurs rails

Rails
J'avoue que la tournure des évènements m'inquiétait quand il s'est agi de planifier la réforme fiscale de début de quinquennat. Beaucoup d'impôts et de taxes visibles tout de suite (la CSG), et un report emblématique : la suppression de la taxe d'habitation que beaucoup attendaient. Le discours de politique générale m'a - je l'avoue - singulièrement refroidi sur l'ardeur réformatrice du gouvernement. Les pensées en altitude du président m'avaient séduites intellectuellement mais les dispositions concrètes du premier ministre m'avaient déçu, tant la rigueur comptable tenait la corde des priorités.

Heureusement Zorro est arrivé. Zorro c'est Emmanuel Macron. Il a recalé deux mesures phares dans un avenir proche : la TH et l'ISF. Ouf. On fera bien des choses en 2018 et sans attendre la fin du quinquennat, ce que personne n'avait annoncé quoiqu'en dise le porte parole du gouvernement.

Si on se prenait le feu croisé des insoumis qui crient à l'austérité, des droitiers qui crient à la trahison des promesses de campagne vis à vis des retraités (baisse TH contre hausse CSG) et des socialistes qui crient par principe parce que la REM les a dépouillé de leur patrimoine électoral et de leurs subventions publiques, on aurait vite sombré dans l'opinion.

Quoiqu'en dise le pouvoir, il faut écouter la base. Quand même les macronistes se mettent à tousser, il faut changer rapidement. Ce n'est pas la moindre qualité d'Emmanuel Macron que de savoir écouter.


Abstention record ... faute d'une opposition crédible. LREM a intérêt à ne pas crier victoire.

AbstentionAu moment où j'écris ces lignes, les médias annoncent une participation de l'ordre de 49% aux élections législatives. Soit un record d'abstention.

Les Français semblent lassés de la politique ou du moins lassés de cette élection là. Il y a sans doute manqué un enjeu fort qui aurait mobilisé les foules. Chacun s'attend à une victoire de LREM (La République En Marche), claire et nette. On attend une majorité absolue, voire une forme d'hégémonie mais rien n'est fait à cette heure. Les urnes peuvent me détromper.

Un peu comme si le sort de l'élection s'était joué en même temps que l'élection présidentielle. Il faudrait à mon avis changer quelque chose dans nos institutions. D'une part le mode de scrutin avec une part de proportionnelle, d'autre part la date du scrutin législatif qui devrait coïncider avec celui de la présidentielle. Quid en cas de dissolution, ou en cas de disparition du président, cela reste à imaginer mais il me semble qu'aux Etats Unis l'élection a lieu le même jour pour le président et les parlementaires, et les gouverneurs des Etats.

Au delà de la date du scrutin, la question qui se pose est celle de l'offre politique. Manifestement une partie de la population n'y trouve pas son compte. L'offre majoritaire est assez claire, qu'on y adhère ou pas mais l'offre de l'opposition est disparate, surabondante et finalement peu lisible. Pas de quoi donner envie d'y adhérer car aucune ligne de force des opposants n'apparait. Aucune alternative crédible, l'opposition étant hyper divisée en de multiples blocs irréconciliables. Ce n'est pas tant la sur-mobilisation des marcheurs qui va donner une majorité à Emmanuel Macron que la démobilisation plus que manifeste des opposants.

Il y a quelque chose à faire pour revivifier notre démocratie ...  Cette abstention n'est pas saine. Il serait bon que personne chez les leaders de LREM ne fasse preuve de triomphalisme ou d'arrogance ce soir. Humilité et sobriété sont de rigueur.


La victoire d'une candidature numérique et de terrain. Et des regrets.

Regret2Depuis plus d'un an, j'ai adhéré et travaillé sans relâche au service d'une cause improbable, la promotion puis la candidature puis la victoire d'Emmanuel Macron à la présidentielle. Un objectif impossible à première vue même pour les plus grands soutiens d'Emmanuel Macron mais qui a été atteint. Exceptionnel.

Cette victoire, chacun le sait est dû avant tout au talent et à l'énergie du candidat. Emmanuel Macron est un candidat fantastique. Il sera je le pense, un président extraordinaire.

Mais hormis d'autres facteurs bien plus politiques sur lesquels je reviendrai une autre fois, rien n'aurait été possible sans le support des équipes autour d'Emmanuel Macron, équipes centrales en premier lieu au QG qui ont conçu et délivré nombre d'actions et outils originaux de campagne. La stratégie d'ensemble a été clé. Remarquablement menée. Ensuite les équipes de terrain dans les départements ont exécuté la stratégie décidée en haut lieu quitte à inventer et déployer eux mêmes un certain nombre d'initiatives locales. C'est là que j'ai œuvré, à l'animation des comités locaux des Yvelines. Une belle équipe autour d'Aziz François N'Diaye et Aurélie.

C'est une innovation permanente qui a mené à ce résultat. Dans cette campagne, l'innovation politique et les méthodes de management ont été dignes de grandes entreprises de la high tech. Ne serait ce que pour inviter et réunir des foules, les outils numériques ont été nombreux, intuitifs, partagés par une communauté branchée sans difficulté majeure. Du jamais vu mais finalement beaucoup de simplicité à l'usage, car utilisant beaucoup de logiciels de partage et de groupware. La plateforme en-marche.fr a été une des clés logistique du succès.

L'autre clé a été le travail de terrain. Le fameux porte à porte qui génère des échanges directs, qui convainc bien plus de personnes que le boitage ou l'affichage, qui combat l'abstention. Nous avons réalisé un beau boulot, collectif et productif. Nous avons fait le job. J'ai comme beaucoup d'autres, arpenté toutes les Yvelines et notre secteur des soirs durant, distribué des tracts des journées entières, collé des affiches, animé des réunions, organisé des calls pour donner des conseils et des directives de campagne et nous avons gagné. Collectivement. Une belle aventure humaine. Epuisante mais enrichissante. J'ai également passé du temps à convaincre sur les réseaux sociaux, un par un, les sceptiques, les critiques, les détracteurs. J'ai cherché à argumenter avec optimisme et bienveillance. Parfois avec vigueur quand l'opposition était plus rude. Un temps fou que j'ai passé, y perdant parfois la confiance et la patience de mes proches.

Sur le plan politique, j'ai quitté le PS, larguant toutes les amarres et les repères que j'avais dans mes tripes depuis trente deux ans. Sur le plan professionnel, j'ai mené de front à la fois un PSE me concernant et une activité syndicale, commerciale chronophage. J'ai assuré bien sûr mon rôle d'élu local à Meulan. Des journées de 12 à 16h parfois.

Alors ce soir néanmoins j'ai un regret, une frustration, une déception. Sans que ce soit une nécessité impérieuse mais bien un espoir, j'ai candidaté pour être député sur la 7ème circonscription et je n'ai pas été désigné. C'est la règle je le sais. Je savais que c'était possible mais quand même. J'aurais accepté la désignation de quasiment tout le monde sauf un parachutage, en l'occurrence d'une élue Modem, qui a profité d'un accord d'appareil pour obtenir l'investiture. C'est une dame sans doute honorable, je ne la juge pas, j'aurais sans doute fait comme elle à sa place (sauf le parachutage). Mais c'est pourquoi pour l'heure, je prends du recul.

Cela gâche la victoire. Pour d'autres adhérents qui n'avaient pas cette espérance mais soutiennent le projet depuis quelques semaines ou quelques mois, je l'ai entendu, un candidat ou un autre, finalement peu importe. Pour les pionniers du début par contre, quand nous n'étions que quelques uns, c'est autre chose. C'est forcément plus dur.

Alors s'il vous plait, laissez nous du temps avant de nous appeler messieurs dames du QG pour nous demander si nous avons envie de continuer à nous engager. Laissez nous digérer, avant de nous envoyer un mail type qui nous dit que dans les critères, comptaient "l’implication dans le mouvement, l’ancrage territorial, la motivation, le degré de préparation, la capacité à faire campagne et à emporter le scrutin." ... Beaucoup de recalés parmi mes amis ont dû avaler leur salive de travers quand ils ont lu cela. Implication ? Motivation ? ... Vous êtes sérieux là ?

Je préfère ne rien ajouter. La victoire d'EM aux législatives est acquise. Moi je vais prendre un repos bien mérité.

PS : je publie cette note sur mon blog sans la partager sur Facebook où je suis plus visible. Mon blog est destiné à mes proches, mes amis, mes connaissances. Il a cette vocation à dire ce qui fait le temps long de ma réflexion, loin du tumulte des réseaux sociaux.